Véronique Loute, une mère belge d’un djihadiste, aurait transféré 65.000 euros à l’État Islamique

De juin 2013 à mars 2015, Véronique Loute, une mère belge d’un combattant en Syrie, a transféré diverses sommes, souvent accompagnées de la déclaration “Pour Sammy Djedou, comme convenu”, son fils, comme elle nous l’avait confié en août dernier sur BX1. Aujourd’hui, elle est de nouveau inquiétée par la justice suite à une enquête au Portugal.

Au Portugal, un procès est en cours contre Abdesselam Tazi, un Marocain de 65 ans, suspecté d’être un organisateur financier de l’État Islamique. Il aurait apporté plus de 73.000 euros au groupe terroriste via des fraudes à la carte de crédit, rapporte le quotidien flamand Het Laatste Nieuws.

Mais Tazi avait aussi des sources de revenus plus innocentes. Dans une note dans laquelle Europol décrivait ses finances à la fin de l’année dernière, il décrivait notamment comment il avait reçu de l’argent de la Belgique. Le 6 mai 2015, par exemple, il s’est rendu dans un bureau portugais de Western Union pour collecter 1 445 euros, montant qui avait été déposé une semaine auparavant à Molenbeek.

Le 16 avril de cette année, L. a encaissé à peu près le même montant chez Western Union sur la place Bara, près de la gare de Bruxelles-Midi. Il a été transféré à son nom de Turquie par un homme qui a utilisé le nom Talha Bilir. Ce nom et cette adresse sont fréquemment utilisés dans l’enquête – et il semble que Bilir était le trésorier du département des attaques contre l’EI. Peut-être n’était-il qu’un homme de paille ou utilisait une fausse identité, car la même adresse a également été utilisée pour transférer de l’argent sous d’autres noms.

Le fait que Bilir n’ait pas transféré les 1 445 euros directement à Tazi est probablement une diversion. Pour un pion crucial comme Tazi, il était trop dangereux de recevoir de l’argent de la Turquie. En utilisant le résident bruxellois L. comme intermédiaire, il y avait beaucoup moins de suspicion quant aux transactions de Tazi. Cela peut aussi signifier que L. n’était qu’un petit poisson dans le réseau.

“Pour Sammy Djedou comme convenu”

Mais qui a ensuite facturé le projet de loi de Bilir et s’est assuré qu’il pourrait fournir de l’argent aux terroristes en Europe ? Il s’agit certainement d’une mère belge d’un guerrier syrien. Véronique Loute, qui a vu partir son fils Sammy Djedou en octobre 2012. Elle a transféré au moins 65.539 euros à Bilir et sa bande. Cela s’est produit entre juin 2013 et mars 2015 dans le cadre de nombreuses transactions distinctes, souvent accompagnés de la déclaration «Pour Sammy Djedou comme convenu». Lorsque le tribunal belge l’a interrogée sur ces paiements, elle a déclaré que cet argent était uniquement destiné à soutenir son fils et sa famille.

Ce qu’elle ignorait, c’est qu’à cette époque, Djedou était déjà monté en grade. Les services de renseignement de la France aux États-Unis le qualifient de lieutenant de Boubaker El Hakim, un Français d’origine tunisienne qui serait le grand cerveau derrière toute terreur étrangère de l’EI.

Djedou est quant à lui décédé le 4 décembre 2016, à la suite d’une attaque de drones sur la capitale de l’EI, Ar-Raqqah. Une attaque qui souligne son importance au sein du groupe terroriste.

Au moins trois mères de combattants belges syriens sont actuellement menacées d’un nouveau procès pour avoir envoyé de l’argent à leurs enfants. Les trois affaires en sont encore au début de l’enquête mais il est à noter que les destinataires ont toujours été proches des planificateurs d’attaques de l’État Islamique.

Outre la mère de Djedou, il est aussi question de Ghita B., dont les fils Zacharie et Ismaïl Iddoub se sont souvent retrouvés dans l’entourage en Syrie.

T.D. / Image : Belga

■ Reportage de Marine Hubert et Charles Carpreau, réalisé le 31 août 2018.

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04 avril 2019 - 13h10