Rue de la Loi : pourquoi le MR a revu sa copie sur le climat

Ce n’est pas un front francophone-flamand, mais ça y ressemble quand même un peu. Les débats à la Chambre autour d’une loi climat et d’une révision de la constitution ont abouti à des positions tranchées. De réunions de commission en séance plénière en passant par les plateaux TV, les positions prises dans ce débat dessinent une nouvelle carte des relations entre partis. À 60 jours des élections, cela pourrait s’avérer structurant pour la négociation des prochaines majorités.

Deux axes se superposent dans ce débat. Un axe progressistes/conservateurs (ou plus précisément volontaristes/sceptiques en matière de politique environnementale), et un axe francophone/flamands. Sur le premier, on trouve évidemment en pointe les deux partis écologistes, la défense du climat étant dans leur ADN. La famille socialiste (PS-sp.a) mais aussi le PTB se sont alignés sur les partis verts depuis le début (si l’article 7bis était ouvert à révision pendant cette législature, c’est par exemple parce que le PS en avait fait la demande à la fin de la législature précédente). Pour ces partis de gauche, il y a des questions de fond, bien sûr, répondre à la menace climatique, mais aussi une question de logique électorale : ne pas laisser les écologistes seuls sur ce terrain devenu populaire, en particulier pour les primo-votants, car ils partagent un électorat commun qui peut facilement passer d’un parti à l’autre.

Pour les partis classés plus à droite, la question climatique est plus difficile à aborder. Réduire les gaz à effet de serre, c’est diminuer le trafic automobile (par exemple en limitant le recours aux voitures de société) et obliger les entreprises à opter pour des modes de production moins polluants (donc investir au risque de limiter les dividendes) : des mesures qui vont toucher directement une partie de leur électorat.

Sur cet axe droite-gauche se greffe un axe nord-sud. Si la Flandre est traditionnellement plus à droite, elle se révèle également plus réticente à prendre des mesures qui sont perçues comme une entrave à la compétitivité de ses entreprises. Pour l’économie flamande, les enjeux sont colossaux :  un tiers du transport routier en Belgique découle de l’activité du seul port d’Anvers. Toute réduction supplémentaire des émissions belges pèse d’abord sur la Flandre, puisque c’est en Flandre que les activités les plus émettrices de CO2 (transports, industrie, pétrochimie) sont majoritairement installées.

Ce front est-il figé une fois pour toutes ? Non, on l’a vu avec le changement de position du Mouvement Réformateur. Initialement opposés à une révision de l’article 7Bis de la constitution, les libéraux francophones ont fini par voter en sa faveur avec les autres partis francophones. Il faut dire que les arguments avancés dans un premier temps étaient emprunt d’une certaine mauvaise foi : l’article 7bis de la constitution (une phrase !) traite exclusivement du développement durable… Arguer que le modifier était ouvrir la boite de Pandore et risquait de mettre les francophones en difficulté sur le plan communautaire était particulièrement osé (d’autant que l’article étant déjà ouvert à révision, il n’y avait aucune concession à consentir en échange).

À défaut de se découvrir un zèle climatique soudain, le Mouvement Réformateur a préféré sortir de son isolement, d’abord pour une raison tactique (le court terme) : ne pas se retrouver seul parti francophone à avoir voté contre la révision de la constitution et porter le valet noir climatique pendant toute la durée de la campagne. La seconde raison est stratégique (le long terme) : les libéraux ont noté comme tout le monde que, si les sondages ne se trompent pas, Ecolo risque de se retrouver en position assez favorable au soir de l’élection. Faire obstacle à la révision de la constitution, c’était prendre le risque d’être perçu durablement comme un adversaire systémique des politiques climatiques… et donc de ne plus pouvoir être considéré comme un interlocuteur fréquentable de la part des écologistes (dont on rappelle que les accords de participation sont soumis à un vote des militants). En campagne électorale, on peut ne pas épargner ses adversaires, tant qu’on reste dans le domaine de la parole. Mais quand on pose des actes, cela peut parfois avoir un caractère symbolique irréversible. Les paroles s’envolent, les votes restent.

Si le Mouvement Réformateur a fini par évoluer, les partis flamands peuvent-ils suivre le même chemin ? Du coté d’Ecolo, on a tenté de convaincre le CD&V d’assouplir sa position jusqu’au dernier moment. Sans succès. Indépendamment du fond (les convictions climatiques des uns et des autres), considérations tactiques et stratégiques se rejoignent ici aussi. Pour le CD&V comme pour l’Open VLD, changer de position reviendrait à franchir deux fronts : se rapprocher des partis de gauche et s’aligner sur une position majoritairement francophone. Un double tabou infranchissable en période électorale : la N-VA en aurait tiré un avantage certain. Le schéma flamand est donc inversé par rapport à la dynamique francophone. Se distancier du premier parti de Flandre et lui permettre de faire cavalier seul est un risque que les libéraux et les sociaux-chrétiens du nord ne peuvent pas se permettre.

Retrouvez l’édito de Fabrice Grosfilley dans Rue de la Loi, tous les jours vers 17h00 sur BX1.be et sur les réseaux sociaux de BX1.

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28 mars 2019 - 19h32