Rue de la Loi : les coulisses du coup de maître de Patrick Dewael

Il était tout sourire à la sortie de l’hémicycle. Patrick Dewael savait qu’il avait réussi son coup. Entrer dans l’hémicycle et aller directement à son banc, y prendre la parole et déclarer tout de go que c’est « la seule place que l’électeur m’a attribuée et ça vaut pour nous tous ». Obtenir sourires et applaudissements.  Sauf pour procéder au tirage au sort des compositions de commission de vérification, Patrick Dewael présida donc la séance depuis les bancs de l’Open VLD. Le « perchoir », cette tribune à trois places où le président devait s’installer entouré de deux secrétaires de séances qui auraient dû être les benjamins de l’assemblée, resta donc vide tout l’après-midi. Et cela a suffi à décontenancer le Vlaams Belang. Désemparés, ni Dries Van Langehove ni son président de parti Tom Van Grieken n’ont su réagir. Le jeune député d’extrême droite n’a donc pas eu droit à son quart d’heure médiatique.

« J’ai voulu créer un effet de surprise » explique Patrick Dewael qui indique avoir trouvé cette solution pendant la nuit, conscient que les autres scénarios évoqués ces derniers jours présentaient des risques d’incidents majeurs. Le groupe PS, en indiquant que l’autre benjamine Melissa Hannus ne rejoindrait pas la tribune, avait ouvert la voie. Dewael a amplifié la logique jusqu’au bout.  S’il avait demandé à Dries Van Langenhove de rester à sa place, cela aurait lancé un débat au cours duquel le Vlaams Belang aurait forcément pris la parole. La perspective d’une prise de position de la N-VA favorable à l’extrême-droite ou d’une bronca francophone n’était pas à négliger. Et le scénario du pire aurait été que Dries Van Langehove se lève malgré tout pour rejoindre la tribune, quitte à ce que le président ordonne aux huissiers de s’interposer, le genre de confrontation physique devant caméras que le Vlaams Belang n’aurait pas manqué d’utiliser.

Il faut dire que Patrick Dewael a toujours fait barrage à l’extrême-droite. Il appartient avec Guy Verhofstadt et Karel De Gucht (ces trois-là ont tenu le VLD pendant près de 15 ans) à une génération de libéraux qui a toujours mis un point d’honneur à ne pas céder aux sirènes du populisme. C’était au temps où la N-VA n’existait pas encore. On ajoutera une dimension plus personnelle : le grand-père maternel de Patrick Dewael, ministre de l’Intérieur du gouvernement en exil fut arrêté par les nazis et déporté dans les camps où il mourut en 1945. Le genre d’héritage familial qui maintient les sens et la mémoire en éveil. Quand vous êtes en prime un vieux renard de la politique et un fin connaisseur du parlement, vous avez toutes les cartes en main. Il faut en prime de la lucidité,  un peu de courage et un brin de réussite… le « président d’un jour » a finalement trouvé tout cela sur son chemin.

Hier soir, les louanges pour Patrick Dewael étaient donc unanimes. De quoi en faire le prochain président de l’assemblée ? La nomination d’un bureau provisoire sera à l’ordre du jour de la prochaine séance. Pour l’instant, trois partis ont fait connaître leur candidat : Tinne Van der Straeten pour Ecolo-Groen, Celine Van Peel pour la N-VA et Servais Verherstraten pour le CD&V. Aucun francophone à ce stade. André Flahaut (PS), à qui l’on prête un certain désir de se présenter, serait empêché par son statut de ministre (en affaires courantes) du Budget à la fédération Wallonie-Bruxelles (il faudrait alors le remplacer ce qui est délicat en pleines négociations). Patrick Dewael sera-t-il candidat ? Pour l’instant il se tâte. Son groupe ne compte que 12 députés (deux fois moins que la N-Va, il occupe le 6eme rang, à égalité avec le CD&V et le PTB) il lui faudrait donc du soutien. Au-delà des logiques partisanes, la manière dont il a géré la première séance lui donne quelques atouts.

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21 juin 2019 - 10h04