Procès de l’attentat du Musée juif: la défense de Bendrer pointe “l’incohérence” des reproches à son client

“Que reproche-t-on à Nacer Bendrer? Nos adversaires ne sont pas d’accord”, a affirmé vendredi devant la cour d’assises Me Gilles Vanderbeck. “Ce simple constat est révélateur d’une grande incohérence dans ce qui est reproché” au Marseillais, renvoyé devant la cour pour avoir fourni à Mehdi Nemmouche des armes qui auraient servi à perpétrer la tuerie au Musée juif de 2014.

Me Gilles Vanderbeck a poursuivi sa plaidoirie vendredi après-midi en se penchant sur la réquisition du parquet envers son client, qui a demandé au jury de condamner Nacer Bendrer pour complicité d’un quadruple assassinat terroriste et non pour corréité.

“Un aveu de faiblesse”, pour le pénaliste. Il a également dénoncé la doctrine brandie par le parquet sur le concept de complicité et l’exigence d’avoir connaissance des infractions auxquelles on participe. “On est resté en famille, l’un des livres a été écrit par le frère du procureur Yves Moreau”, a-t-il lancé, déclenchant un fou rire de la cour étant donné que ce frère est marié à la cousine de… Me Vanderbeck. Revenant sur les faits, le pénaliste a affirmé que les reproches à l’encontre de son client étaient “incohérents”. Parle-t-on de la livraison d’une arme ou des deux?, s’est-il interrogé.

“Pour certains, Nacer Bendrer a prêté les armes. Pour d’autres, il a fourni une aide financière. Allez y comprendre quelque chose, un chat n’y retrouverait pas ses jeunes!” Il a également attaqué le parquet, qui s’est “emmêlé les pieds dans le tapis car (les deux procureurs) ne disent pas la même chose”.

Selon lui, l’accusation présente Mehdi Nemmouche comme isolé mais également envoyé en mission, avec les poches remplies d’argent. Il a moqué la thèse du procureur Bernard Michel selon laquelle Nacer Bendrer aurait prêté les armes à Mehdi Nemmouche, ce qui explique le retour de ce dernier à Marseille fin mai. “Nacer Bendrer, ce beau bandit décrit par l’accusation, mû par l’appât du gain, aurait prêté ses armes?”

Il a aussi balayé l’affirmation selon laquelle une arme prend de la valeur avec le temps. “Une arme utilisée, surtout dans un tel massacre, est totalement grillée et dangereuse. C’est un fardeau dont il faut se débarrasser au plus vite.”

En outre, selon la défense, Nacer Bendrer se trouvait en Algérie le 30 mai 2014, jour de l’arrestation de Mehdi Nemmouche à Marseille, pour les funérailles de l’un de ses amis. L’accusation conteste ces dates mais Me Vanderbeck a souligné qu’elles n’avaient pas été vérifiées.

“La juge d’instruction a admis qu’elle ne connaissait pas les dates du voyage. C’est au parquet de prouver que Bendrer ne se trouvait pas en Algérie. A défaut, il faut le croire!” Le Marseillais, dont aucune empreinte n’a été relevée sur les armes de Mehdi Nemmouche, n’avait aucune connaissance des projets de ce dernier, ni même de sa radicalisation, a insisté Me Vanderbeck. “Si j’avais su, je ne lui aurais même pas parlé”, avait déclaré Nacer Bendrer lors d’une audition rappelée par son conseil.

Mehdi Nemmouche n’est “certainement pas un loup solitaire” (Me Vanderbeck)

L’accusé de la tuerie au Musée juif de Belgique, Mehdi Nemmouche, n’est “certainement pas le loup solitaire” présenté par l’accusation, qui n’aurait eu d’autre choix que de se tourner vers Nacer Bendrer pour se procurer des armes, a plaidé vendredi après-midi devant la cour d’assises de Bruxelles Me Gilles Vanderbeck, conseil du Marseillais.

Selon les procureurs et parties civiles, Mehdi Nemmouche n’avait plus aucun contact après ses séjours en prison puis en Syrie. Il n’avait donc pas d’autre solution que de se tourner vers son ancien co-détenu Nacer Bendrer pour obtenir des armes. Pour l’avocat de ce dernier, l’accusation se base sur trois postulats erronés: la thèse du “loup solitaire”, le radicalisme “supposé” de Nacer Bendrer et sa prétendue connaissance des armes. Mehdi Nemmouche n’est pas quelqu’un d’isolé, selon Me Vanderbeck.

Chez Eurolines, l’accusé a été vu avec une personne lorsqu’il a acheté son billet de bus pour Marseille, a rappelé l’avocat. Cet homme au crâne dégarni était “super important” au début de l’enquête. “Mais comme il n’a pas été identifié, il devient une simple ‘rencontre fortuite'”, s’est étonné le conseil de Nacer Bendrer.

Selon les témoignages de la compagne de son ami du nord de la France, de sa tante et de sa grand-mère, Mehdi Nemmouche avait des fréquentations, a-t-il ajouté. La thèse du radicalisme du Marseillais a fait “bondir” son avocat. “Avec ce que vous avez entendu, y a-t-il encore quelqu’un qui pense que Nacer Bendrer est radicalisé? L’accusation veut faire l’économie d’une preuve en évoquant une radicalisation commune” du Marseillais et de Mehdi Nemmouche, fustige Me Vanderbeck.

Nacer Bendrer serait une “cellule dormante” qui se réveille au “premier appel” de Mehdi Nemmouche, en vertu de sa “fascination” pour ce dernier? “De qui se moque-t-on?”, a adressé le pénaliste aux jurés. Il a rappelé que les deux accusés n’avaient passé que trois mois dans la même aile de la prison de Salon-de-Provence. Au sein de l’établissement, Nacer Bendrer “ne fait pas parler de lui” selon un rapport, a insisté Me Vanderbeck.

“Pour preuve: il a obtenu des congés pénitentiaires, des remises de peine…” Il n’a fait l’objet que de quatre rapports pendant ses cinq ans de détention: “pour avoir enlevé les étiquettes nominatives sur les portes de cellules, pour ne pas s’être réveillé” et pour deux refus de changer de cellule. L’avocat a dénoncé une analyse “assassine” de ces éléments par le chef d’enquête belge, alors que le juge d’application des peines français et l’expert psychologique ont affirmé que Nacer Bendrer ne représentait “aucun danger social”.

Il s’en est aussi pris à l’arborescence réalisée à la prison de Salon-de-Provence en 2010 et qui décrivait le Marseillais comme un membre du réseau radical au sein de l’établissement. Ce rapport est “incompréhensible et sans justification” quant à Nacer Bendrer.

Et son auteur, le directeur de la prison, n’a pas été en mesure de le justifier devant la cour, a rappelé Me Vanderbeck. “Des informations verbales, sur base de sources anonymes qui ne valent rien si elles ne sont pas corroborées. Quelle légèreté! Quel manque de professionnalisme!” Le conseil du Marseillais a aussi attaqué l’avocat de la partie civile Me Koning, coupable à ses yeux de “mauvaise foi intellectuelle” sur la question d’une relation épistolaire entre les deux accusés.

“On n’a jamais retrouvé la moindre lettre. Me Koning le savait mais a voulu le faire croire”, a-t-il encore dit, en se lançant dans une longue imitation de son confrère. Les procureurs ont aussi reconnu que l’enquête n’avait rien révélé à ce sujet, a-t-il relevé.

Nacer Bendrer n’est “pas un enfant de choeur, il a des antécédents, il a baigné dans un milieu délinquant, mais on vous vend un scénario bancal comme possible”, a adressé l’avocat aux jurés.

Les enquêteurs ont eu “la volonté évidente de salir l’image de Bendrer”

Me Gilles Vanderbeck est entré en piste vendredi après-midi devant la cour d’assises de Bruxelles. Le dernier avocat à plaider dans ce procès de l’attentat au Musée juif de Belgique s’est d’emblée montré critique vis-à-vis de l’enquête. Pour lui, on a voulu faire de son client, Nacer Bendrer, un dangereux trafiquant d’armes qu’il n’est pas.

Me Vanderbeck, après son co-plaideur Me Julien Blot, a débuté une plaidoirie pleine de fougue vendredi après-midi.

Dès l’entame de son exposé, le pénaliste est rentré dans le chou des enquêteurs et de l’accusation. “On vous présente Nacer Bendrer comme un beau bandit, un personnage dangereux. Je dénonce cette volonté évidente de salir l’image de Bendrer au prix de contorsions avec la vérité inacceptables, d’une présentation partisane des faits, avec beaucoup de subjectivité, et au prix de libertés importantes par rapport à la vérité“, a-t-il fustigé avec emphase.

“Les procureurs vous ont-ils fourni la preuve qu’il a donné les armes à Nemmouche? Vous ont-ils rapporté la preuve qu’il savait quelle infraction allait être commise avec ces armes et qu’il marquait son accord? Vous ont-ils rapporté la preuve du dol spécial, c’est-à-dire, dans ce cas-ci, le fait de s’associer à un acte terroriste? Non”, a avancé l’avocat.

“J’ai une distance qui me permet un regard critique”

“Je constate déjà qu’après quatre ans et demi d’enquête, ils ont revu leurs prétentions à la baisse”, a taclé le pénaliste, rappelant que le ministère public a requis la culpabilité de Nacer Bendrer pour complicité et non pour corréité dans l’attentat au Musée juif de Belgique.

“La complicité, c’est ce que la juge d’instruction avait retenu au départ. Elle avait par ailleurs libéré Nacer Bendrer après deux ans de détention préventive. Pensez-vous qu’elle l’aurait libéré si elle était convaincue que c’était un terroriste? Non. Mais ça, ça n’a pas plu à tout le monde. Les Français se sont d’ailleurs empressés d’assigner Nacer Bendrer à résidence après sa libération en Belgique”, a relevé Me Vanderbeck.

Ce dernier s’est targué de l’avantage, par rapport aux procureurs et autres avocats, de son recul par rapport au dossier, étant donné qu’il n’y est intervenu qu’à partir de novembre dernier.

“J’ai une distance qui me permet un regard critique, celui d’un observateur attentif, un peu comme vous”, s’est-il adressé aux jurés.

L’avocat a annoncé qu’il allait s’employer à démonter la thèse de l’accusation selon laquelle Mehdi Nemmouche est un loup solitaire et selon laquelle Nacer Bendrer est un “djihadiste” couplé d’un “véritable armurier qui prête et revend des armes”.

Me Masset réagit à la plaidoirie de la défense

Adrien Masset, l’avocat du Musée juif, réagit à la plaidoirie de la défense de Nacer Bendrer.

► Reportage de Camille Tang Quynh et Manon Ughi 

Belga

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01 mars 2019 - 17h17
Modifié le 01 mars 2019 - 18h19