Onze inculpations, zones d’ombre… Le point sur l’enquête, trois ans après les attentats de Bruxelles

Trois ans après les attentats du 22 mars 2016 dans la station de métro Maelbeek et à l’aéroport de Bruxelles-National, la justice belge a identifié onze suspects, en plus des kamikazes.

Il s’agit de Mohamed Abrini, Osama Krayem, Sofien Ayari, les frères Smaïl et Ibrahim Farisi, Hervé Bayingana Muhirwa, Bilal El Makhoukhi, Ali El Haddad Asufi, Youssef El Ajmi et Brahim Tabich. Tous sont inculpés pour avoir fourni une aide à la préparation et à l’exécution des deux attaques. Salah Abdeslam n’est pas encore formellement inculpé, mais il y a des réquisitions à son encontre. La décision, de l’inculpé ou non, appartient au juge d’instruction.

► Mohamed Abrini, l’homme au chapeau

La police a arrêté Mohamed Abrini, recherché depuis les attentats de Paris du 13 novembre 2015, le 8 avril 2016 à Anderlecht. Cet homme a admis qu’il était “l’homme au chapeau”, aperçu sur les images de vidéo-surveillance de l’aéroport de Bruxelles-National en compagnie des deux kamikazes, Najim Laachraoui et Ibrahim El Bakraoui, le 22 mars 2016.

Mohamed Abrini avait laissé une valise pleine d’explosifs dans l’aéroport avant de s’enfuir, tandis que les deux autres ont, eux, fait exploser leurs charges dans le hall des départs. Les trois hommes étaient partis ce matin-là en taxi d’un appartement de la rue Max Roos à Schaerbeek, où ils s’étaient cachés pendant les semaines précédentes et d’où ils avaient préparé les attentats.

► Osama Krayem

Osama Krayem a également été arrêté le 8 avril 2016. Il était jusqu’alors connu sous le faux nom de “Naim Al Hamed”. Cet homme avait été filmé dans la station de métro Pétillon le 22 mars 2016, en train d’échanger quelques mots avec Khalid El Bakraoui, juste avant que ce dernier ne se fasse exploser dans la station de métro Maelbeek. Ossama Krayem a déclaré qu’il était censé se faire exploser aussi mais qu’il avait renoncé.

Il avait ensuite regagné l’appartement de l’avenue des Casernes à Etterbeek où il avait séjourné les jours précédents avec Khalid El Bakraoui. Il se serait débarassé de ses charges explosives, du TATP, dans les toilettes, selon ses aveux. Les enquêteurs ont effectivement retrouvé des traces de cette substance dans les canalisations de l’appartement.

► Bilal El Makhoukhi et Hervé Bayingana Muhirwa

Bilal El Makhoukhi et Hervé Bayingana Muhirwa ont également été arrêtés le 8 avril 2016, à Laeken. Le premier avait été reconnu coupable de participation aux activités d’un groupe terroriste lors du procès de Sharia4Belgium à Anvers en 2015. Il aurait joué un rôle dans la préparation des attentats de Bruxelles, mais il le nie fermement. Selon l’enquête, Bilal El Makhoukhi s’était rendu à plusieurs reprises dans l’appartement de la rue Max Roos à Schaerbeek au cours des semaines précédant les attentats. Son ADN a aussi été retrouvé sur un paquet de piles vide qui se trouvait dans l’appartement de l’avenue des Casernes à Etterbeek, des piles qui auraient été utilisées dans la confection des bombes.

Par ailleurs, dans son testament audio, retrouvé sur un ordinateur portable aux abords de la rue Max Roos, Ibrahim El Bakraoui mentionne le nom “Abou Imran”, soit le nom utilisé par Bilal El Makhoukhi lors de son séjour en Syrie en 2012. Les enquêteurs soupçonnent encore qu’après les attaques, Bilal El Makhoukhi était supposé conserver les armes de la cellule terroriste et les transmettre à d’autres candidats terroristes. Dans un enregistrement retrouvé sur le même ordinateur, le kamikaze Najim Laachraoui déclare à l’émir “Abou Ahmed” en Syrie qu’il a dit à son frère “Abou Imran” comment contacter “Ahmed” et lui dire où se trouvent les armes. Selon l’enquête, c’est Bilal El Makhoukhi qui a demandé à son ami d’enfance Hervé Bayingana Muhirwa qu’il cache Osama Krayem et Mohamed Abrini dans son appartement, rue Tivoli à Laeken.

► Sofien Ayari et Salah Abdeslam

Quant à Sofien Ayari, connu sous les faux noms d’Amine Choukri et de Monir Ahmed Alaaj, il avait été arrêté quatre jours avant les attentats de Bruxelles, le 18 mars 2016, alors qu’il s’était caché dans un immeuble rue des Quatre Vents à Molenbeek-Saint-Jean, avec Salah Abdeslam, le suspect n°1 des attentats de Paris, recherché alors depuis des mois. Les deux hommes avaient échappé de peu à une première arrestation, trois jours auparavant, le 15 mars 2016, rue du Dries à Forest, dans l’une des autres planques de la filière terroriste.

Des policiers français et belges les avaient débusqués et des échanges de tirs avaient eu lieu, provoquant la mort de Mohamed Belkaïd, connu sous le faux nom de Samir Bouzid, qui se trouvait avec Sofien Ayari et Salah Abdeslam.

Après plusieurs heures de siège, cet individu avait fait feu seul sur la police, tandis que ses deux comparses fuyaient par l’arrière du bâtiment. Pour ces faits de la rue du Dries, Sofien Ayari et Salah Abdeslam ont été condamnés le 23 avril dernier à 20 ans de prison par le tribunal correctionnel de Bruxelles. L’enquête sur les attentats de Bruxelles a montré que Sofien Ayari avait déjà été contrôlé avec Salah Abdeslam à Ulm (Allemagne) en octobre 2015, peut-être après son départ de la Syrie. Ses empreintes digitales ont également été retrouvées dans diverses cachettes de la cellule terroriste, notamment dans celles d’Auvelais, Charleroi, Schaerbeek et Jette. Les interrogations persistent à propos d’éventuels autres projets de la filière terroriste, sachant que Sofien Ayari et Ossama Krayem ont pris un bus de Bruxelles vers l’aéroport de Schiphol à Amsterdam le 13 novembre 2015.

Dans l’ordinateur portable retrouvé près de l’appartement de la rue Max Roos à Schaerbeek, qui a servi de planque aux kamikazes des attentats du 22 mars à Bruxelles, se trouvait un dossier portant le nom “13 novembre”. Celui-ci contenait plusieurs autres dossiers nommés “Groupe Omar”, “Groupe Français”, “Groupe Irakien”, “Groupe Schiphol et “Groupe Metro”. Sofien Ayari et Ossama Krayem faisaient-ils partie du groupe Schiphol et auraient-ils dû y commettre un attentat? La question demeure mais il n’y en a actuellement aucune preuve, selon une source proche du dossier. Au cours de ses interrogatoires, Ossama Krayem a admis qu’il avait pour tâche de “trouver des coffres-forts suffisamment grands pour stocker des armes, des explosifs ou de l’argent“, qu’il a “marché environ deux heures sans trouver de coffre-fort avant de repartir“, selon la même source.

Lors du procès de la fusillade rue du Dries à Forest, Sofien Ayari a déclaré qu’il n’avait participé d’aucune manière aux attaques de l’État Islamique en Europe. Il a simplement admis avoir séjourné dans l’appartement de la rue du Dries au cours des semaines précédant la fusillade, avec Salah Abdeslam et Mohamed Belkaïd.

Parmi les autres suspects de l’enquête des attentats de Bruxelles du 22 mars 2016 figurent les frères Ibrahim et Smail Farisi. Ils sont soupçonnés d’avoir prêté l’appartement qu’ils louaient avenue des Casernes à Etterbeek à Khalid El Bakraoui, le kamikaze de la station de métro Maelbeek, dès l’automne 2015. Mais ce n’est pas tout, les deux frères auraient aussi nettoyé et vidé tout l’appartement juste après les attentats. Ibrahim Farisi, arrêté le 11 avril 2016, a été libéré par le juge d’instruction mi-novembre de la même année. Il a déclaré qu’il n’était pas au courant des activités de celui à qui il a prêté son appartement. Son frère Smaïl, arrêté le même jour, a été quant à lui libéré début février 2018 sous conditions.

► Ali El Haddad Asufi

Un autre suspect, Ali El Haddad Asufi, a été arrêté deux jours après les attentats, le 24 mars 2016, pour ses liens d’amitié avec Ibrahim El Bakraoui. Il avait été libéré après avoir été interrogé. Mais, le 9 juin 2016, il a à nouveau été arrêté après que les enquêteurs ont analysé les images des caméras de vidéo-surveillance autour de l’appartement de l’avenue des Casernes à Etterbeek.

Ali El Haddad Asufi avait aidé Ibrahim El Bakraoui lors de son emménagement et lui avait rendu visite à de nombreuses reprises ensuite.

► Youssef El Ajmi

Youssef El Ajmi, également suspecté dans l’enquête, a lui été placé sous mandat d’arrêt le 17 juin 2016. C’est un ami d’enfance de Khalid El Bakraoui et d’Ali El Haddad Asufi. Il aurait également séjourné dans l’appartement de l’avenue des Casernes.

Plus inquiétant, l’homme travaillait jusqu’à peu de temps avant les attentats à l’aéroport de Bruxelles-National, dans une entreprise de restauration, et avait ainsi un accès direct aux avions sur le tarmac. Des messages ont été découverts sur son ordinateur, provenant d’une clé USB utilisée par Khalid El Bakraoui, dans lesquels il est fait mention de dates de vols vers l’Amérique, la Russie et Israël. Selon le parquet fédéral, Youssef El Ajmi est toujours emprisonné mais sous bracelet électronique.

► Brahim Tabich

Enfin, début octobre 2017, la police judiciaire fédérale bruxelloise a arrêté un nouveau suspect, Brahim Tabich, à la suitre de nombreuses perquisitions à Bruxelles, Schaerbeek, Anderlecht et Jette, destinées à découvrir où les auteurs des attentats avaient acheté le matériel pour fabriquer les bombes. Les enquêteurs suspectent qu’au moins une partie de l’acide chlorhydrique que les terroristes ont utilisé pour fabriquer le TATP avait été achetée dans le magasin de bricolage de Brahim Tabich, avenue de Stalingrad à Bruxelles.

Brahim Tabich a admis, selon certains médias, avoir vendu des “bidons” vides à Osama Krayem, le terroriste qui aurait dû, avec Khalid El Bakraoui, se faire exploser à la station Maelbeek. Ces bidons correspondraient à ceux découverts dans l’appartement de la rue Max Roos à Schaerbeek et auraient servi pour la production et le stockage des explosifs. Brahim Tabich a été libéré sous conditions début décembre 2017.

► Fayçal Cheffou

Accusé un temps d’avoir été – à tort – l’homme au chapeau, Fayçal Cheffou reste inculpé dans le dossier tant que l’instruction n’est pas terminée. Il a été libéré par le juge d’instruction. Ce 21 mars, il a présenté jeudi son livre “Ils m’ont fait porter le chapeau”, sorti cette semaine.

C.TQ avec Belga

• Reportage: Camille Tang Quynh

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21 mars 2019 - 16h14