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L’hôpital Erasme adapte des masques de plongée pour créer des petits respirateurs

L’hôpital Erasme recevra lundi les premiers prototypes de valves pour monter des masques de plongée Decathlon sur des petits respirateurs afin de prendre en charge des patients infectés par le Covid-19 qui ont besoin d’une assistance respiratoire modérée, a annoncé dimanche Frédéric Bonnier, kinésithérapeute à l’hôpital Erasme et professeur de kinésithérapie respiratoire à l’ULB (Université libre de Bruxelles).

Une dizaine de pièces sont en train d’être imprimées en 3D dans les locaux de la spin-off de l’ULB “Endo Tools Therapeutics” situés à Gosselies. “On pourrait lancer 500 pièces pour la fin de la semaine, voire plus tôt si nécessaire, mais pour cela il nous faut l’accord de l’AFMPS (Agence fédérale des Médicaments et Produits de Santé)”, ajoute Alexandre Chau, CEO d’Endo Tools Therapeutics. Une demande a été introduite fin de semaine. La réponse est attendue dans les prochains jours.

Il s’agit d’une thérapie de secours, sans visée d’homologation sur du long terme. Les pièces seraient produites en plastique de manière classique, sur base de moules, l’impression 3D étant plus longue et les pièces obtenues plus fragiles. Des hôpitaux, notamment à Bruxelles et en Wallonie, ont fait valoir leur intérêt auprès de l’hôpital Erasme après la diffusion samedi soir d’un sujet sur l’initiative au journal télévisé de la RTBF.

Des fondations ont été sollicitées pour couvrir les frais de production afin de leur délivrer les pièces gratuitement. Il s’agit d’une adaptation d’un procédé imaginé par une équipe italienne, qui a été développée en Belgique en prévision de problèmes d’approvisionnement touchant le matériel médical. Les dispositifs sont destinés à un usage unique, pour un seul patient, afin de ne pas s’engager à stériliser du matériel dont les composants n’ont pas été éprouvés.

“Avec les inflammations des poumons liées au Covid, les alvéoles ont tendance à s’écraser et l’oxygène n’arrivent alors plus à passer vers le sang”, explique Frédéric Bonnier. “En plaçant le patient dans un régime de pression supérieur à la pression atmosphérique, les alvéoles vont rester ouvertes et ce faisant on rétablit les échanges gazeux. Pour générer de la pression, on a choisi d’utiliser les petites machines CPAP (Continuous Positive Airway Pressure) que les gens peuvent avoir pour les apnées du sommeil et qui coûtent bien moins cher que des respirateurs. Elles permettent de monter à des pressions efficaces pour traiter les stades intermédiaires. On veut prévenir la dégradation du malade pour éviter de devoir l’intuber et le mettre sous respirateur.”

Branchées sur secteur, les petites turbines des CPAD prennent l’air de la pièce auquel est ajouté de l’oxygène par les entrées murales du réseau de l’hôpital. Les masques de plongée Decathlon couvrent l’entièreté du visage, contrairement aux appareillages pour l’apnée du sommeil qui se limitent au nez et à la bouche et qui sont donc moins confortables pour un usage prolongé. La pression de l’air à l’intérieur des masques peut monter à des niveaux suffisamment importants pour les cas intermédiaires, et ce même si le joint a été conçu pour être étanche sous la pression extérieure de l’eau. Les respirateurs alternent eux entre deux niveaux de pression pour l’inspiration et l’expiration et ce afin de respirer à la place des patients intubés.

Belga

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30 mars 2020 - 07h28
Modifié le 30 mars 2020 - 07h28