Les dossiers de la rédaction : Clerfayt met Actiris au régime

Habituellement, Actiris commence l’année avec un budget en hausse. Ce ne sera pas le cas cette année. Selon nos sources, le budget 2020 d’Actiris diminuerait de 38 millions d’euros, passant de 750 à moins de 720 millions d’euros. Le cabinet Clerfayt confirme la baisse, mais pas le chiffre précis.

En 2019, le budget d’Actiris s’élevait à près de 750 millions d’euros. En 2020, il pourrait donc bien rester sous la barre des 720 millions d’euros. Certes des ajustements budgétaires sont toujours possibles plus tard. En attendant, la nouvelle inquiète les employeurs du non-marchand. Bruxeo, la fédération des employeurs du non-marchant, s’en est ému sur son site internet. Ceux-ci seraient directement concernés si la baisse de budget était confirmée. Leur crainte concerne en particulier les ACS (agents contractuels subventionnés) qui sont essentiels pour le secteur non-marchand et de l’insertion socio-professionnelle. Or ce sont ces dispositifs d’aide à l’emploi qui seraient visés par les mesures d’économie, selon Bruno Gérard, directeur de Bruxeo : « Nous craignons que le budget 2020 ne permette plus à Actiris d’assurer la prise en charge de l’ancienneté et de l’index dans le financement des postes ACS. » Le mécanisme prévoit en effet qu’Actiris prenne à sa charge dans la plupart des cas 95 à 98 % du salaire de l’agent, via une prime versée à l’employeur. « Cette surcharge financière, tous les employeurs ne pourraient l’assumer. » Le manque à gagner pour le secteur pourrait tourner autour de 8 millions d’euros.

Avec à la clé des pertes d’emploi ? « Pour nous, c’est inenvisageable. », répond Tatiana Vial, co-directrice du volet « économie sociale d’insertion » de la FeBISP. « En insertion socio-professionnelle, un tiers de notre financement consiste en contrats ACS. S’ils sont fragilisés, la stabilité des structures est touchée. »

Le cabinet du ministre de l’Emploi et de la Formation, Bernard Clerfayt (DéFI), nous confirme une diminution du budget d’Actiris, mais pas le chiffre de 38 millions d’euros. La porte-parole du ministre ajoute « Bruxeo n’a qu’une vue partielle et incomplète du budget emploi qui est plus large que le seul budget d’Actiris. » Elle précise qu’il n’y a pas de craintes à avoir du côté des paiements des salaires ACS : « Ceux-ci seront payés et il n’y a pas de coupes prévues dans ce dispositif. » Une rencontre est prévue entre Bruxeo et le ministre le 13 novembre prochain.

Un budget dommageable à l’emploi ?

Autre interrogation : le financement des nouvelles initiatives en matières d’emploi. Le chapitre ad hoc de la Déclaration de Politique Générale 2019-2024 de la Région bruxelloise est ambitieux. Il met notamment en avant la « Garantie solution », extension de la garantie jeunes à tous les demandeurs d’emploi, ou le projet pilote des zones « Zéros chômeurs». Mais ces mesures ne sont à ce stade pas financées. « Elles ne sont pas accompagnées d’un cadre budgétaire », nous indique Estelle Ceulemans, secrétaire générale de la FGTB Bruxelles et membre du Comité de gestion d’Actiris. « A ce stade j’attends des précisions de la part du directeur d’Actiris, Grégor Chapelle, sur l’impact des coupes budgétaires sur les politiques d’emploi. » « Le gouvernement bruxellois a-t-il les moyens de ses ambitions ? », interroge Philippe Vandenabeele, secrétaire régional bruxellois de la CGSLB. Avant d’ajouter : « Si la réduction de budget se confirme, c’est aussi l’occasion de mener une réflexion sur les priorités d’Actiris dans le contexte économique et social d’aujourd’hui. »

Contacté par nos soins, Grégor Chapelle nous répond : il s’agit d’une décision du gouvernement. Nous attendons les débats sur le budget au parlement.

Le projet de budget du gouvernement bruxellois doit être présenté et débattu au parlement dans les prochains jours. L’ensemble du budget Emploi sera présenté en commission des Affaires économiques le 27 novembre.

Sabine Ringelheim – Rédaction web 

 

 

Partager l'article

07 novembre 2019 - 09h22