Francken, la migration et la liberté : mille universitaires réclament un droit à l’humanité

Mille universitaires flamands et francophones ont partagé vendredi une opinion réclamant le “droit à l’humanité” mis en danger, selon eux, par l’évolution de la politique migratoire, la représentation du migrant, et le comportement du secrétaire d’État Theo Francken (NVA) qu’ils accusent de vouloir restreindre la liberté d’expression de ceux qui tenteraient d’émettre une opinion divergente.

Ces mille signataires du monde académique évoquent l’appel à l’humanité qui avait été lancé par les recteurs du pays vis-à-vis de la famille de la petite Mawda, tuée par la balle d’un policier lors d’une course-poursuite, et que Theo Francken avait rembarré en mettant les autorités académiques en garde face au “boomerang” qui pourrait leur revenir “dans la figure”. Pourtant, écrivent les universitaires du royaume, cet appel était motivé par l’émotion mais aussi par la raison. Les représentants du monde académique belge, dont des psychologues, s’appuient sur des travaux scientifiques pour rappeler comment l’indifférence peut conduire à la déshumanisation qui amène à traiter l’autre comme inférieur. Les cadres moraux sont alors remis en cause et les droits de l’Homme ne trouvent plus à s’appliquer. “Les exemples historiques et contemporains de ce processus sont légion“, soulignent-ils.

Les réfugiés et les migrants sont présentés comme de moins en moins humains, l’émigration virant à l’infraction pénale commise par des “illégaux”, observent-ils. Ils sont souvent présentés comme ayant moins de compétences, de volonté et de sentiments complexes que les non-migrants. Cette “posture déshumanisante” sert de toile de fond pour “s’abstenir d’interroger les initiatives politiques contraires à la Convention européenne des Droits de l’Homme, comme celles de Theo Francken dans le cadre de la réforme de la politique migratoire européenne“, analysent les signataires en revenant sur l’appel du secrétaire d’État à repousser en mer les migrants arrivant en Europe de manière irrégulière. Et quand des opinions divergentes se font jour, à l’instar de celle communiquée par les recteurs, la réponse se fait menaçante, symptôme “d’une autre dynamique discursive, peut-être tout aussi dangereuse: la restriction de la liberté d’expression“, mettent en garde les académiciens. Mais ceux-ci promettent de ne jamais tolérer le discours d’intimidation visant à restreindre la liberté d’expression, pas plus qu’ils n’accepteront la déshumanisation. “C’est notre mission d’interroger la société, les dirigeants et nos pairs de façon critique et ce, autant pour donner une voix à des opinions informées et diversifiées au sein du débat public que pour veiller à rester humain pour et avec les autres“, rappellent-ils. Cette mission, ils continueront à la remplir. “Maintenant. Toujours“, assurent-ils.

Belga

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08 juin 2018 - 19h37