Rue de la Loi : le 1er mai, champ de bataille électoral

Le déroulé est à peu près immuable : le 1er mai c’est la fête du travail, l’occasion pour les organisations de gauche de se rassembler. Cela donnera des meetings et des discours le matin ou en début d’après midi, et en seconde partie de journée des concerts, des bals, l’occasion de danser et de boire un verre. Pour les Bruxellois de gauche, le rendez-vous est depuis des lustres à la place Rouppe. Pour les journalistes, l’exercice est routinier : l’automne a ses marronniers, le 1er mai son brin de muguet.

Le 1er mai n’est pas une spécificité réservée à la Belgique : la fête du travail est reprise dans la plupart des pays industrialisés. Du temps de l’Union Soviétique, elle se soldait par des défilés militaires, symbole martial étonnant, puisque les ouvriers dans le passée ont plus d’une fois défier le militaire. Le 1er mai, il y a ceux qui le fêtent et ceux qui le combattent. C’est comme celui qui croyait au ciel et celui qui n’y croyait pas, un symbole clivant qui dit de quel côté  (la classe ouvrière contre  celui qui l’exploite dans un camp, le gréviste compulsive contre la liberté d’entreprendre si on est de l’autre bord) l’individu s’inscrit.  Si la fête du travail a une portée symbolique aussi forte, c’est parce qu’elle repose sur une tradition très ancienne, susceptible d’imprégner la culture et les consciences .

Historiquement, la première fête du travail remonte à la Révolution française. Inscrite dans le calendrier révolutionnaire dès 1793, on fêtait  à l’époque le travail à la fin janvier. La forme actuelle et la date du 1er mai apparaissent un siècle plus tard, en 1886. Ce sont les syndicats américains qui décident de faire du premier mai une journée de revendication, chaque année à cette date là, ils réclament la journée de 8 heures,  grève générale à l’appui.  Des grèves et des rassemblements qui donnent lieu à des violences : des attentats à la bombe, des affrontements avec la police, des arrestations et des exécutions. Les mêmes scènes de violence se répètent en Europe : en 1891, l’armée française tire ainsi sur les manifestants à Fourmies, dans le département du nord, il y a une douzaine de morts. C’est bien toute cette histoire de luttes sociales qu’on commémore le 1er mai, date officiellement devenue jour fériée en Belgique en 1946.

Depuis 130 ans maintenant, la fête du travail est pour les organisations issues du mouvement ouvrier l’occasion de mettre sur la table de nouvelles revendications ou de mobiliser pour la défense des droits déjà obtenus. C’est une tribune traditionnelle des organisations de gauche. Et comme chez nous toutes les élections législatives depuis les années 1990 sont tombées soit au mois de mai, soit au mois de juin. Le premier mai est toujours un moment marquant de la campagne. Mais attention. Vous avez des rassemblements du 1er mai organisés par le parti socialiste, et d’autres par le syndicat socialiste (FGBT). Alors qu’historiquement c’était au départ une seule et même organisation… Aujourd’hui, il peut y avoir plus que des nuances entre les revendications syndicales d’un coté  et le programme du parti de l’autre.

Et puis surtout la famille socialiste a du faire face à des concurrents qui ne veulent plus lui laisser le monopole de la communication pour la fête du travail. C’est ainsi que depuis 1983, les libéraux ont lancé leur propre premier mai. Le rassemblement a longtemps été organisé à Jodoigne, le fief de Louis Michel. Il est cette année organisé à Hannut en Province de Liège. Et puis à gauche de la gauche, le PTB a aussi pris l’habitude de se rassembler pour la fête du travail.  Derrière le podium de la place Rouppe, c’est donc une bataille d’influence qui se prépare.  Si historiquement la fête du travail est bien un rassemblement d’inspiration socialiste, elle est politiquement devenue beaucoup plus disputée.

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30 avril 2019 - 16h49