Procès de l’attentat du Musée juif : les armes en possession de Mehdi Nemmouche sont les armes du crime

Ce vendredi, les procureurs ont terminé la lecture de l’acte d’accusation du procès de l’attentat du Musée juif de Belgique, dans lequel Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer sont accusés d’être les auteur et co-auteur de l’attaque qui a mené à la mort de quatre personnes, le 24 mai 2014, à Bruxelles.

Cette lecture de l’acte d’accusation a débuté ce jeudi après-midi et a duré près d’une dizaine d’heures. Le document fait en effet plus de 180 pages et détaille tous les éléments de l’enquête, depuis la scène de l’attentat jusqu’aux auditions de Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer, en passant par l’analyse des objets retrouvés en possession des deux accusés.

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Trois des quatre victimes sont décédées rapidement

Ce vendredi après-midi, les procureurs sont d’abord revenus sur les rapports d’autopsie des quatre victimes de l’attentat. Les deux premières victimes, Miriam et Emanuel Riva, ont chacune été atteintes par un seul projectile au niveau de la nuque, tiré à bout “quasi touchant” et probablement à l’aide d’une arme de poing, selon l’expert médico-légal. Cette hypothèse est confortée par l’absence d’orifice de sortie. Vu la proximité entre les victimes et le tireur, celui-ci a pu être souillé de sang, ajoute-t-il.

L’employée de l’accueil, Dominique Sabrier, a elle été visée par une rafale et touchée par un projectile qui lui a perforé le crâne de part en part. Son décès a donc également dû être rapide, affirme le médecin, qui relève un modus operandi empreint de “sang-froid”. Mme Sabrier présentait également de multiples lésions résultant de tirs, au bras droit et en région faciale, a-t-il été constaté lors de son autopsie.

Le second employé du Musée, Alexandre Strens, a lui été victime d’un tir unique l’ayant atteint en région fronto-temporale droite. S’il n’est pas mort sur le coup, son état est considéré dès le lendemain des faits “comme particulièrement grave, si pas désespéré au vu de l’extension des lésions cérébrales et de leur nature”. Le jeune homme décédera finalement aux soins intensifs, le 6 juin 2014.

Découvrez notre dossier complet sur le procès de l’attentat contre le musée juif

Les mêmes armes qu’à Marseille

L’expert en balistique a formellement attesté que les deux armes retrouvées en possession de Mehdi Nemmouche, lors de son arrestation à Marseille, sont bien celles qui ont servi lors de l’attentat au Musée juif de Belgique.

Les sept douilles de calibre 7.62 X 39 mm retrouvées au Musée juif de Belgique après l’attaque du 24 mai 2014 ont été tirées à partir du fusil mitrailleur “Crvena Zastava”, de type kalachnikov, trouvé en possession de Mehdi Nemmouche. Également, les projectiles de calibre .38 Special retrouvés dans les corps de trois des quatre victimes ainsi que dans le local d’accueil du musée ont été tirés à partir du revolver “Llama” trouvé en possession de Mehdi Nemmouche. Ce sont les conclusions que l’expert en balistique a rendues le 21 septembre 2014.

Dans un premier rapport rendu le 17 septembre 2014 et complété le 6 août 2018, l’expert a également déterminé qu’il y a eu au total treize tirs à l’intérieur du Musée juif. Cinq émanaient d’un revolver de calibre .38 Special ou d’un 357 Magnum et huit tirs émanaient d’un fusil mitrailleur de calibre 7.62 X 39 mm.

L’expert a résumé que deux tirs ont eu lieu dans le hall d’entrée, émanant d’un revolver de calibre .38 Special ou d’un 357 Magnum, et qui ont blessé mortellement Emanuel et Miriam Riva. Trois autres tirs ont ensuite eu lieu dans le bureau d’accueil avec le même revolver, dont un tir a blessé mortellement Alexandre Strens. Puis le tireur a changé d’arme et sept tirs ont eu lieu dans le bureau d’accueil, émanant d’un fusil mitrailleur de type kalachnikov en calibre 7.62 X 39 mm, certains de ces tirs blessant mortellement Dominique Sabrier.

L’ADN de Mehdi Nemmouche sur la kalachnikov

Le profil génétique de Mehdi Nemmouche se retrouve “avec une probabilité avoisinant la certitude” sur la lanière ainsi qu’à l’intérieur du couvercle de la culasse de la kalachnikov utilisée lors de l’attaque, a relevé l’expert en Belgique. Concernant le revolver, son profil n’a pas été mis en évidence. Ses empreintes digitales avaient cependant été relevées sur le barillet de l’arme. Quant à la porte d’entrée du local d’accueil où ont été tués Dominique Sabrier et Alexandre Strens, l’expert estime que l’accusé ne peut être “ni inclus ni exclu” de l’empreinte mixte qui y a été recueillie.

Divers objets qui se trouvaient dans la chambre occupée par Mehdi Nemmouche à Molenbeek, en avril et mai 2014, ont aussi été analysés. Les résultats soutiennent “très fortement” l’hypothèse selon laquelle l’accusé a contribué aux empreintes mixtes figurant sur un tube de colle et un feutre noir, indique l’expert. Son profil se retrouve également sur une chaise roulante et une cordelette.

Lors des analyses menées en France, l’ADN de Mehdi Nemmouche apparaît sur une cinquantaine d’objets dont il était en possession lors de son arrestation à Marseille (veste, cagoule, casquette, lunettes, gants, caméra…), parmi lesquels le sac contenant la kalachnikov, ainsi que sur l’arme elle-même, au niveau de la détente, du levier d’armement, du garde-main et du talon de la crosse. Les profils génétiques d’autres personnes impliquées dans le dossier, dont Nacer Bendrer, ont aussi été comparés aux traces relevées sur les objets. Les résultats de ces comparaisons sont soit négatifs soit pas suffisamment probants, notent les experts.

Les rapports psychiatriques de Nacer Bendrer et Mehdi Nemmouche

Les experts psychiatres ont considéré que Nacer Bendrer n’était pas, lors de l’attentat au Musée juif de Belgique, dans un état de déséquilibre mental grave le rendant incapable du contrôle de ses actions. La personnalité de Nacer Bendrer est du registre des “états limites” avec des traits narcissiques, selon les deux experts psychiatres qui ont rencontré l’intéressé en février 2016.

Selon ceux-ci, ce type de personnalité privilégie le passage à l’acte au raisonnement. S’ensuivent un abaissement du seuil de décharge de l’agressivité, des difficultés à tirer un enseignement des expériences vécues et une tendance à fournir des justifications singulières pour expliquer un comportement à l’origine d’un conflit. Les experts ont conclu qu’un suivi psychothérapeutique risquait de ne pas pouvoir apporter beaucoup de changements au comportement de Nacer Bendrer.

Quant à Mehdi Nemmouche, celui-ci a refusé de s’entretenir avec eux. Néanmoins, un rapport d’expertise psychiatrique réalisé en France en 2006 dans le cadre d’un autre dossier judiciaire a été joint au présent dossier. Ce document expose notamment que l’intéressé est un garçon intelligent et calme. L’expert y précise que l’homme maîtrise bien son anxiété et qu’il a un caractère bien trempé. Il ajoute que l’individu sait “manier la litote et l’euphémisme avec naturel et un soupçon de goguenardise” et que, s’il devait persister dans la voie du délit, la police aurait “quelques difficultés à le manipuler”.

Le profil de Nacer Bendrer

Aujourd’hui âgé de 30 ans, Nacer Bendrer se serait radicalisé en prison, où il a fait de nombreux séjours depuis l’adolescence pour des faits de vol, de rébellion, d’outrages et d’infractions de roulage. C’est au centre de détention de Salon-de-Provence, dans le sud de la France, qu’il a fait la connaissance de Mehdi Nemmouche. Selon le tribunal correctionnel de Marseille, il a été détecté dès 2010 comme membre d’un réseau de détenus radicalisés se livrant à du prosélytisme.

Après avoir été arrêté dans le cadre de l’enquête sur l’attentat au Musée juif de Belgique en 2014, Nacer Bendrer avait été remis en liberté, assigné à résidence à Marseille, sa ville natale. En avril 2017, il a été condamné à un an de prison pour non-respect de son assignation et, en septembre dernier, il a écopé de 5 ans de prison pour une tentative d’extorsion avec violence et menaces. Il a néanmoins interjeté appel de cette dernière décision de justice.

Gr.I. avec Belga – Photos : Belga/Igor Preys – Belga/Pool François Lenoir

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11 janvier 2019 - 15h00