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Le deuxième confinement met à nouveaux en péril la vie des victimes de violence conjugales

Pendant le premier confinement, le nombre d’appels pour dénoncer des faits de violences conjugales a été multipliée par 3. Les centres d’hébergement pour les victimes sont à saturation et le Samusocial a connu une augmentation des femmes et des familles demandant de l’aide. Malgré les mesures prises, le deuxième confinement ne s’annonce pas différent.

Les professionnels du secteur ont tiré la sonnette d’alarme en mars. Le confinement allait renforcer les situations de violences intrafamiliales. Et ce fut le cas. Le nombre d’appels a été multiplié par 3, les demandes d’hébergement d’urgence se sont faites plus nombreuses. Certaines communes comme Schaerbeek et Watermael-Boitsfort ont lancé l’opération “Masque 19”. Si une personne était en danger, elle pouvait se rendre dans une pharmacie en demandant un masque 19 et était prise en charge par le pharmacien. Ce dernier la redirigeait ensuite vers les services compétents.

Depuis, une résolution a été adoptée par le parlement bruxellois pour étendre le mécanisme à toute la Région. Cela n’est pas encore concret et le système peine à se faire connaître. “C’est sur base volontaire pour les pharmaciens mais nous les avons tous sensibilisés, explique Ann Herzeel, présidente de l’Union des pharmaciens de Bruxelles. Le pharmacien est bien placé pour voir si quelque chose ne va pas et peut orienter la personne. Mais il faut faire plus de publicité autour de l’opération pour que les femmes sachent que cela existe.”

La secrétaire d’Etat à l’Egalité, Nawal Ben Hamou (PS) a confirmé sur l’antenne de BX1 que le travail était en cours.

Une demande d’hébergement accrue

Bruxelles Prévention Sécurité a publié en juillet dernier un premier rapport sur les plaintes et les signalements de violences intrafamiliales et conjugales qui doit encore être actualisé.

Violences intrafamiliales : la police a reçu jusqu’à trois fois plus d’appels durant le confinement

En avril, on a enregistré une hausse de 253% des demandes d’hébergement. Les situations urgentes se sont multipliées pour beaucoup de femmes même si pour d’autres, la violence s’est faite plus rare. En effet, parfois le conjoint souhaite savoir où se trouve sa compagne. En période de confinement, cette question ne se posait plus. Cependant, d’autres sources de tensions ont émergé comme le stress ou la perte d’un emploi.

Très rapidement, les solutions d’hébergement d’urgence pour les personnes victimes, dans 90% des cas des femmes, ont été submergées. Une structure supplémentaire a ainsi été ouverte pour accueillir 50 femmes en plus des 58 lits d’urgence présents habituellement à Bruxelles. “Nous sommes saturés en permanence mais les demandes ont augmenté durant le premier confinement et nous constatons à nouveau une hausse des appels depuis deux semaines, explique Yamina Zaazaa, codirectrice du Centre de prévention des violences conjugales et familiales. Nous avons aujourd’hui une liste d’attente de 6 familles plus 12 qui peuvent trouver une solution momentanée. Quand on nous appelle maintenant, nous n’inscrivons plus personne sur la liste et renvoyons vers le Samusocial.”

Chaque semaine, c’est entre 2 et 3 familles qui se retrouvent sans solution. Le centre d’hébergement d’urgence restera ouvert jusqu’en mars prochain. En parallèle, Nawal Ben Hamou travaille sur l’ouverture d’un nouveau foyer mais pas avant 2022.

Des situations qui empirent

Le deuxième confinement ne fait qu’ajouter des tensions. Yamina Zaazaa a vu les situations graves et exceptionnelles avant la crise sanitaire se multiplier. “Nous avons eu des séquestrations, des viols, des rapts parentaux en plus grand nombre. Je n’en ai jamais vu autant que durant le confinement. En plus, les femmes ont peur de partir durant cette période. Celles qui franchissent la porte de chez elles sont dans des situations encore plus graves qu’en temps normal.”

Pour certaines, faute de solution structurelle, il faudra se diriger vers le Samusocial. En mars, l’Europe avait laissé un bâtiment pour que le Samusocial puisse y mettre des familles. L’institution a connu une augmentation de son public familial et féminin. “Les femmes victimes de violence qui ont pris la fuite  ont parfois pu trouver une solution dans l’hébergement d’urgence au Samusocial, précise François Bertrand, directeur de Bruss’Help, la plateforme régionale d’aide aux sans-abris. D’autres se sont retrouvées à faire des allers-retours entre leur domicile, celui d’un membre de la famille, le Samu ou la rue. Aujourd’hui, les politiques prennent plus en compte la présence de femmes dans la rue même si les hébergements ne sont toujours pas suffisants.”

Lundi soir, Bruss’Help a procédé à un recensement des personnes sans-abri. Les résultats ne seront pas connus avant janvier, mais lors du dernier comptage, on estimait que 40% des personnes vivant dans la rue étaient des femmes. En 1999, elles ne représentaient que 1% du public du Samusocial. Il faudra voir si la proportion s’est accentuée et si les nombres de sans-abris a augmenté ces derniers mois. Mais une chose est certaine, ce nouveau confinement ne fera qu’accentuer les tensions et la précarité.

Vanessa Lhuillier – Photo:Samusocial

 

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11 novembre 2020 - 07h12
Modifié le 11 novembre 2020 - 16h48