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Dépenses électorales de mai 2019 : les députés n’ont pas tous les mêmes bourses

Les dépenses individuelles ont fortement varié entre candidats et partis lors du triple scrutin de mai 2019. À Bruxelles, c’est au PS (217.277,9 euros) et au MR (193.129,75 euros) que les frais de campagne sont les plus importants.

Le rapport parlementaire sur les dépenses électorales des partis et des candidats lors des élections régionales et fédérales de mai dernier est désormais disponible sur Internet. Il en ressort de nombreux chiffres intéressants. À commencer par le montant dépensé par chaque parti lors du scrutin, sachant qu’il existe un plafonnement maximal d’un million d’euros par formation politique. Pour les trois scrutins (régional, fédéral et européen), le PTB  a dépensé 904.577 euros, Défi 972.434 euros, le PS 863.180, le CDH 833.786 et le MR 755.379 euros.

Concernant les plus petites listes bruxelloise, les montants sont évidemment beaucoup moins élevés. Parmi ces petites formations, Agora, qui a obtenu un député, est celle qui a dépensé le plus (23.441 euros). Viennent ensuite act-SALEM (3.330), DierAnimal qui a aussi obtenu une élue (1.352), be@eu (1.047), Hé (500), ou encore Plan B (278).

“Un plafonnement relativement strict”

Pour le directeur général du Crisp, Jean Faniel, la législation actuelle, qui est relativement stricte, vise à garantir la plus grande transparence possible et éviter les dérapages survenus parfois dans le passé. “Il y avait aussi une volonté de mettre un terme à l’emballement de certaines campagnes. En 89, on a donc décidé à la fois de plafonner les dépenses électorales et c’est un plafonnement relativement strict. On nous dit que la dernière campagne électorale aux Etats-Unis était la plus chère de l’histoire et je peux vous dire qu’on dira la même chose pour la prochaine”, explique le docteur en sciences politiques.

“On a vraiment voulu éviter ça en Belgique. Les dépenses sont plafonnées. On a aussi réglementé les sources de financement. Les syndicats et les entreprises ne peuvent pas faire par exemple de don aux partis. Et les particuliers ne peuvent pas donner plus de 500 euros à un parti ou une liste électorale et plus de 2.000 euros s’ils choisissent d’aider plusieurs partis ou plusieurs candidats”, indique-t-il.

Des différences de taille entre partis

À côté de ce million d’euros maximal autorisé par parti, chaque candidat a droit à des dépenses individuelles. Les candidats de certains partis dépensent beaucoup, d’autres presque rien ou même rien du tout. Si on se concentre sur le scrutin régional bruxellois, on s’aperçoit que les candidats socialistes ont dépensé 217.277,9 euros, le MR 193.129,75 euros, le cdH avec 85.338,95 euros. Le premier parti néerlandophone est l’Open VLD avec 72.149,67 euros. Si on descend dans le classement, on retrouve DéFi (52.210,7 €), One.Brussels (50.844,06€), la N-VA (47.570,6€), le CD&V (18.924€), le Vlaams Belang (16.391€), Ecolo (9.689,59€), Groen (2.405,25€), Dier Animal (439,44€). Par ailleurs, les candidats du PTB ont déclaré sur l’honneur ne rien avoir dépensé personnellement.

La députée bruxelloise et cheffe de file du PTB lors du scrutin dernier , la députée Françoise De Smedt, explique: “Toutes les dépenses qui sont faites sont collectives et décidées centralement. On n’est pas pour des dépenses individuelles qui en fait favorisent les gens qui ont la possibilité de dépenser beaucoup d’argent pour se faire élire. On décide collectivement qui on met en avant”. Du côté d’Ecolo, on explique avoir mené une campagne collective. “Les candidats n’ont pas dépensé d’argent personnel. C’est donc le parti qui a financé l’ensemble des candidats, y compris pour les quelques affiches et flyers plus personnalisés”, explique le cabinet de la secrétaire d’Etat Barbara Trachte.

Certains partis donnent de sérieux coups de pouce

L’inégalité des candidats existe entre candidats, puisque certaines formations autorisent le financement d’une campagne personnelle et d’autres non. Mais la disparité se retrouve aussi ailleurs. Tous les partis n’aident pas financièrement leurs candidats de la même manière. Chez Défi, tout le monde est bien sur le même pied d’égalité. “On n’intervient pas dans les dépenses individuelles des candidats”, explique Olivier Maingain. Sur le montant maximal de 19.925 euros qui leur était autorisé, les 1.401 euros dépensés par Bernard Clerfayt l’ont donc été sur fonds propres. ” D’habitude je fais un tract personnel mais cette fois je n’ai pas eu le temps, explique le nouveau ministre. La campagne qui a été faite par le parti était suffisante pour moi comme tête de liste.” Pareil pour les 3.496 euros de Marc Loewenstein, les 4.788 de Joëlle Maison, ou encore les 9.570 de Emmanuel De Bock.

Les aides financières varient en revanche au CDH et au MR. “C’est du cas par cas. On peut donner un coup de pouce à un candidat ou l’autre sur lequel on mise particulièrement”, explique le porte-parole du MR Vincent Cordier. “Quand on parle de montants reçus par le CDH, il faut entendre les différentes structures: les sections locales, l’arrondissement, ou encore le parti. Les montants diffèrent donc selon les candidats, en fonction des choix de ces différentes structures, autonomes dans leurs décisions”, explique la porte-parole du parti humaniste Fanny Charpentier.

Geoffroy Coomans de Brachène (MR) indique ainsi que son parti a payé environ 40% de ses 18.309 euros de dépenses déclarées. Du côté de Vincent De Wolf, cette prise en charge monte à…100%. “L’ensemble de ma campagne (NDLR:17.458) a été supportée par le parti. Il y a la participation que je payais comme parlementaire qui m’a été en partie reversée et puis le parti lui-même a payé une part. Il n’y a pas eu de dons”, explique le député-bourgmestre. La majorité des députés MR frôlent avec la limite maximale autorisée. La libérale qui a dépensé le moins est Aurélie Czekalski (12.883).

Du côté du CDH, Véronique Lefrancq a reçu du parti 5.820 des 7.603 euros dépensés et Christophe De Beukelaer environ 4.589 sur 14.589. “Il y a eu environ 7.500 euros de ma poche et 2.500 euros en dons d’amis. Les amis me disent parfois que les élus politiques gagnent beaucoup d’argent, mais c’est important de préciser qu’une campagne électorale coûte cher et qu’il faut souvent mettre la main à la poche“, explique le député.

PS : 5000 flyers personnalisés et une aide financière

Du côté du PS, un soutien financier est également accordé aux candidats.” L’aide que nous avons pu fournir aux candidats comprenait, par exemple, le don de 5000 flyers personnalisés à chaque candidat, le tournage d’une capsule vidéo individuelle, des conseils et de la préparation pour les passages dans les médias, etc.
Pour le reste, chaque candidat était libre de faire campagne comme il l’entendait”,
explique la Fédération bruxelloise.

Niveau chiffres, Isabelle Emmery explique avoir reçu 6.000 euros (sur 13.862). “Je crois que mon budget personnel était de 8.000 à 10.000 euros. De manière générale au PS, chacun paie sa campagne en fonction de ses moyens personnels”, explique Julien Uyttendaele, qui a déclaré 15.879 euros de dépenses. “Je fais une cagnotte tout au long de mon mandat”, explique, pour sa part, Marc-Jean Ghyssels (15.578). Rachid Madrane est troisième dans le classement des parlementaires qui ont le plus dépensé. Sur les 18.875 euros, tous ne proviennent pas de sa poche. Cet argent a servi pour des tracts, des affiches, des soirées mais aussi pour aider des plus petits candidats qui n’avaient droit qu’à 5.000 euros à débourser pour leur campagne. “Comme je faisais partie des 22 premiers candidats j’avais droit à près de 19.000 euros de dépenses. Je n’ai pas eu besoin de tout cela alors il est de tradition d’aider les plus petits en faisant un tract commun par exemple mais en répartissant les dépenses de manière inégale. Ainsi sur une affiche qui coûte 100 euros par exemple, j’en prends 80 à ma charge.”

Des flyers, des affiches, du sponsoring Facebook

Sans surprise, l’impression d’affiches et de tracts, mais aussi la réalisation de vidéos et le sponsoring de publication Facebook représentent la majorité des dépenses. “Ce sont des flyers, du sponsoring sur les réseaux sociaux, des vidéos, ou encore du publipostage”, résume Julien Uyttendaele. “Les dépenses sont assez classiques. Il y a de l’affichage, des toutes-boîtes, des participations à des tracts communs que j’ai faits avec d’autres candidats pour notamment viser certaines communes comme Forest, Saint-Gilles et Anderlecht. Je n’ai rien dépensé sur Facebook. Je ne croyais pas en son utilité, en tout cas à l’époque”, explique Marc-Jean Ghyssels.

À noter que tous les candidats ne jugent pas utile de s’approcher du plafond maximal. À l’instar de Véronique Lefrancq qui n’a sorti de sa poche qu’un peu plus de 1.500 euros. “On aurait pu arriver jusque 18.000, mais ce n’était pas en soi nécessaire. Ce qui est le plus important en campagne électorale, c’est le terrain, notamment le porte-à-porte”, explique-t-elle.

A l’inverse, Bianca Debaets (CD&V) et Bertin Mampaka atteingent quasiment le plafond autorisé. Pour l’ancienne secrétaire d’Etat, ses dépenses ont été couvertes à 50% par le parti.

Un contrôle très limité

Si la lecture du rapport parlementaire est très intéressante, il faut souligner les limites de l’exercice. Il ne s’agit en effet que de montants déclarés sur l’honneur, explique le député bruxellois Hicham Talhi (Ecolo) qui a supervisé la rédaction du document. “Je pense que ce contrôle n’est pas efficace. Il y a d’abord la complexité de tous les documents à remplir. Vu le nombre de listes et candidats, c’est très compliqué de pouvoir faire un travail efficace. Et puis, on ne peut pas vérifier. Il n’y a même pas d’obligation de joindre de factures. Ce sont des déclarations sur l’honneur. Ça se joue à la confiance, ce qui montre donc la limite de l’exercice”, explique l’élu écologiste.

Et même l’obligation de remettre les factures ne suffirait pas à garantir la véracité des dépenses. “Rendre une facture n’empêcherait pas de ne pas en déclarer une autre. Il est facile d’aller imprimer des affiches à l’étranger et de les ramener ici. On ne pourra pas vérifier. J’ai réfléchi à quelle méthode aurait pu changer la donne, mais c’est très compliqué”, indique Hicham Talhi. Celui-ci souligne enfin un problème qui n’est pas neuf: le fait que ce soit les élus politiques qui continuent à se contrôler eux-mêmes. “Je suis favorable à la mise en place d’un comité d’experts, mais il faudrait d’abord changer la loi fédérale”, conclut-il.

Certaines déclarations incomplètes ou erronées

Certains candidats n’ont pas satisfait correctement par ailleurs à leur obligation de déclaration de dépenses électorales malgré deux courriers de rappel. C’est particulièrement le cas de candidats des Listes Destexhe: 13 n’ont pas rien envoyé et trois l’ont fait mais de manière incomplète. Parmi les partis francophones qui réalisent en revanche un sans-faute en la matière, se trouvent le MR, Ecolo et le PTB (logiquement pour ce dernier vu l’absence de dépenses).

Parmi les noms plus connus épinglés par le rapport, figurent Fabienne Miroir (PS) et Lotfi Mostefa (PS) pour une déclaration incomplète ou erronée. Contactés, ils expliquent chacun avoir commis une petite erreur dans les montants et avoir rectifier l’erreur depuis longtemps.

Julien Thomas – Photo: Belga/Thierry Roge