Des longueurs mais du sublime, un hommage à l’image d’Higelin à Bourges

Libre, poétique, légèrement foutraque, tirant souvent en longueur, parfois à côté de la plaque, parfois sublime, émouvant: ainsi fut rendu, à son image, l’hommage à “l’homme mage” Jacques Higelin par ses enfants et amis, jeudi soir au Printemps de Bourges. La création concoctée par Arthur H, Izia et Kên Higelin promettait d’offrir de nombreux moments forts, il y en eut peu finalement, mais à chaque fois ponctués des larmes d’Izia. Le show a aussi soufflé le froid avec des moments creux, trahissant parfois un manque de spontanéité, certes inhérent à l’exercice, mais qui a tranché avec la célébration rendue au Cirque d’Hiver il y a un an, quelques jours après la mort du “grand Jacques”
Arthur H avait pourtant bien prévenu plus tôt dans la journée ceux, chanceux d’avoir vécu ce moment rare, qu’il ne pourrait pas y avoir “la même charge émotionnelle” dans la moiteur du Palais d’Auron. “La cérémonie au Cirque d’Hiver, qui était le dernier spectacle de Jacques, était un nouveau rite, fidèle à sa démesure. Ici, on va célébrer son esprit”.

Sur ce point, le défi à été relevé. Aux côtés de la fratrie Higelin, avec plus ou moins de bonheur, tous s’y sont appliqués: les chanteuses Camille, Jeanne Added et Jeanne Cherhal, le chanteur Rodolphe Burger, l’acteur Mathieu Amalric, le cinéaste Fred Poulet, le percussionniste Dominique Mahut, la contrebassiste Sarah Murcia, le saxophoniste Frédéric Gastard, le tromboniste Matthias Mahler, le claviériste Sébastien Cortella, le guitariste Alice Botté.

Le spectacle, intitulé “Jacques, Joseph, Victor dort” comme celui que le poète rock avait présenté au Cirque d’Hiver en 1981, a débuté très fort avec le duo entre Izia et Arthur qui ont repris la boule au ventre “Je ne peux plus dire je t’aime”.

Ils n’en étaient pas à leur coup d’essai, depuis le beau moment offert aux dernières Victoires de la musique. Mais cette fois, Izia put à peine retenir quelques larmes, tandis qu’Arthur, légèrement flageolant, s’appuyait sur le piano de Jacques au centre de la scène, elle-même au milieu des gradins et du public assis par terre. Ils avaient fait le plus dur, Izia et Arthur, se libérant d’un poids qu’on imagine très lourd. Après quoi leurs passages respectifs au micro, sept pour l’une, six pour l’autre, ont d’ailleurs été parmi les plus réussis de la soirée.

Si on ne peut pas en dire autant de Camille, en mode saltimbanque de kermesse, Mathieu Amalric, engoncé comme à la maison de la poésie, voire Jeanne Cherhal un peu trop sage sur “Tombé du ciel” pourtant idéal pour emballer le propos, d’autres ont offert de beaux moments. Il se trouve que ce sont ceux qui ont travaillé avec Higelin: Rodolphe Burger qui a réalisé trois de ses quatre derniers albums et a offert une version blues en diable de “Je suis amoureux d’une cigarette”. Son guitariste Alice Botté – un calice à la beauté du grand Jacques – qui a poussé la voix sur “La rousse au chocolat”.

Le dernier mot revenait somme toute à Izia et Arthur H, appelant leur père “à ne pas se retourner” sur “Pars”, avant de finir sur le bien nommé “Irradié” en ultime étincelle “higelinesque” au bout de 2 heures et 15 minutes d’un ensemble qui n’a pas pu totalement être “bordélique”, comme l’espérait l’aîné de la fratrie.