“Blokecore” et Coupe du monde : le maillot vintage est à la mode juste avant le début de la compétition
Le maillot de foot s’exporte. Cantonné aux stades ou dans les tribunes, il devient aujourd’hui un élément de mode à part entière.
Ce mouvement porte un nom : le Blokecore. Étymologiquement, “Bloke” est un mot anglais désignant familièrement les “mecs”, en référence à l’esthétique des supporters britanniques. Il se traduit donc par une tendance. Celle de porter un maillot vintage avec d’autres éléments de mode comme un jean droit et des baskets classiques.
Auparavant, les maillots de foot étaient surtout destinés à la culture urbaine comme le rap. Si un chanteur comme Roméo Elvis a toujours aimé exhiber des maillots comme celui du RWDM, des stars internationales se sont mises au diapason. C’est notamment le cas de Dua Lipa, Timothée Chalamet ou encore Kim Kardashian. Des icônes qui ont permis de mettre un sacré coup de projecteur sur le phénomène.
Difficile de trouver l’exact point de départ de cette mode. Selon plusieurs sources, cette esthétique puise ses racines dans la culture des supporters britanniques des années 1970-1990. Sur les réseaux sociaux, il a pris une ampleur indédite grâce à certaines trends TikTok. Celui qui l’a popularisé se nomme Brandon Huntley, alias @londontonightfreestyle, en 2021. Cet Américain de 27 ans a conceptualisé la tendance grâce à une blague d’un ami TikTokeur. Selon lui, Brandon ressemblait à un Bloke, un vrai fan de foot. Il a ajouté sa touche personnelle avec des baskets et des accessoires en tout genre. La mode est lancée et l’utilité du maillot est détournée : ce qui était autrefois un signe d’appartenance à un club est devenu un accessoire de mode universel.
Le maillot de foot vintage explose aussi à Bruxelles
La mode du maillot de foot comme outfit du quotidien existe depuis bien longtemps. Bruxelles n’y échappe pas et a pris le train en marche. Cette tendance, Damien Van Eck l’a bien comprise. Il a commencé son business en vendant des maillots vintage en ligne en 2018. Cinq ans plus tard, il a lancé sa propre boutique rue des Riches Claires, en plein centre de Bruxelles. Son nom ? “90 Vintage Football Store”. Il explique l’ampleur du phénomène. “Les maillots sont liés à des histoires personnelles”, commence-t-il. “Les amateurs se souviennent d’une certaine Coupe du monde qu’ils ont connue. Cela amène une certaine forme de nostalgie et du vécu avec des amis ou de la famille. Ces maillots évoquent des souvenirs.”
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Wahiba Yachou, spécialiste en marketing culturel, abonde dans ce sens avec un exemple. “Lorsque vous portez le maillot de Zidane de 1998, vous vous rappelez de la victoire. Mais aussi de la musique “I will survive”. Si tu as le maillot de Ronaldo du Brésil 1998, cela va permettre de rappeler toute cette période. On ne se souvient pas vraiment de l’équipe elle-même mais d’un moment de vie.”
Sans oublier le style, évidemment. “Les modèles des années 1990 sont souvent beaucoup plus larges qu’aujourd’hui. Les logos ont aussi évolué.” Sans surprise, ces véritables pièces de collection ont un prix. “Forcément, cela va dépendre de la rareté du maillot”, précise l’entrepreneur dans son magasin. “Il faut des maillots authentiques puisqu’on ne peut pas vendre ceux qui ne le sont pas. Il faut aussi des maillots en excellent état. Un débardeur de 2012 des Diables rouges peut valoir 40 euros, tandis qu’un t-shirt de l’AC Milan de 1999 atteint les 200 euros.”
Un phénomène global
Les marques aussi veulent tirer leur épingle du jeu dans ce marché. Récemment, l’Union Belge avec Adidas a ressorti un maillot collector pour célébrer les 40 ans de Mexico 86. Son prix : 110 euros. Surtout, le succès a été immédiat puisqu’il n’est plus possible de commander les tailles S,M,L et XL. “Une nouvelle fois, cela permet d’offrir de la nostalgie.”
Cet été, l’effet de mode ne fera que grandir. “Oui, depuis la fin de la Ligue des champions, les gens recherchent plus des vêtements liés à la Coupe du monde. Cela augmente toujours à l’approche de grandes compétitions”, assure Damien Van Eck. Lors de son arrivée à Tubize avant le grand départ vers les États-Unis, Amadou Onana, joueur des Diables rouges, est arrivé avec le troisième maillot de la Belgique au-dessus d’une chemise avec un short.
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On voit même les effets du Blokecore jusqu’aux podiums de la Fashion Week. Louis Vuitton sous l’impulsion de Pharrell Williams ou des designers de luxe tels que Gucci et Balenciaga se sont associés avec des marques de sport emblématiques comme Nike et Adidas. “Aujourd’hui, le monde de la mode s’est aussi approprié ce phénomène. C’est devenu une pièce de collection avec un message. Cela permet aussi d’appartenir à quelque chose. Cela agit comme un brise-glace sans parler. Avec un simple maillot, on peut dire d’où on vient”, poursuit aussi Wahiba Yachou. “Cela dépasse totalement le monde du sport. Il ne faut pas être un fan de foot, mais un aficionado de la mode. Le but est de pouvoir mettre un peu plus de couleurs avec de vieux logos, un peu moins casual. Cela se porte avec des jupes ou des jeans. Les marques s’approprient rapidement les trends et c’est challengeant pour eux. Plus c’est créatif, mieux c’est.”
Cette mode s’exporte même… aux festivals en Belgique. Dour et les Ardentes ont par exemple lancé leurs propres collections. Ils éditent par exemple des pièces exclusives aux couleurs des événements. Objectif : transformer le merchandising classique en véritable objet de collection. Preuve que cette mode du vintage dépasse même les maillots de football. Par cette action, le but n’est plus de vendre un simple t-shirt mais de vendre une pièce technique et stylée que l’on pourra porter tout l’été.

