Samusocial : Yvan Mayeur annonce son retrait de la politique

L’ex-bourgmestre de la Ville de Bruxelles Yvan Mayeur s’est expliqué mercredi durant plus de 5 heures sur la gestion du Samusocial, son histoire, le degré de transparence en son sein, et la rémunération de ses administrateurs et membres du bureau. Répondant aux questions des députés de la commission d’enquête sur le Samusocial, il a annoncé, en fin de séance, son retrait du monde politique.

« Je ne participerai plus au monde politique », a dit M. Mayeur, alors qu’il concluait ses explications dans le cadre de ce qui constituait sa première prise de parole publique, depuis sa disparition de la scène politico-médiatique, et sa démission comme bourgmestre le 8 juin dernier. L’ex-bourgmestre de la Ville s’est dit victime d’un « lynchage » mediatico-politique, n’ayant par exemple jamais été entendu par le ministre-président bruxellois et les ministres en charge de l’aide aux Personnes, Pascal Smet (sp.a) et Céline Fremault (cdH) qui ont pourtant exigé sa démission.

Il s’est attaché à détailler le travail, selon lui « énorme », de l’association, dont il a dit espérer avoir convaincu de la pertinence. Cette action à tous les étages était aussi le fait du bureau de l’association, instance stratégique indispensable à son fonctionnement. M. Mayeur a livré spontanément bon nombre d’explications sur le Samusocial, son histoire, le choix de son mode de fonctionnement, son bilan social, et les indemnités en son sein. L’association a pris son envol autour du constat, d’une part qu’il n’avait pas été politiquement possible de créer une « association (ndlr: de type public) de chapitre XII » que lui-même a longtemps appelée de ses vœux, et d’autre part que les CPAS ne sont pas outillés pour répondre à la situation extrême de gens qui doivent trouver en urgence un abri, une douche et un repas.

Yvan Mayeur a aussi évoqué le Samusocial en chiffres : une offre passée de 42 chambres en mesure d’accueillir une bonne soixantaine de personnes en 2003, à près de 2.000 places réparties sur neuf lieux d’accueil ou 154.000 hébergements en 2015-2016; 300 emplois permanents, jusqu’à 500 en hiver; un budget passé de 0 à 18 millions d’euros. Au-delà des chiffres, le Samusocial, c’est, selon l’ex-bourgmestre, un travail énorme, notamment au bureau de l’asbl, lié à la gestion quotidienne des urgences et des crises, à la nécessité de trouver des lieux d’hébergement; à constituer des équipes non seulement pour l’hébergement, mais aussi pour l’accompagnement psycho-social et sanitaire, et pour ouvrir l’offre aux demandeurs d’asile. Dans ce contexte, a-t-il plaidé, le Samusocial, en tant qu’entreprise sociale privée, n’est pas sous l’autorité de la Ville.

L’ex-président du Samusocial n’a pas éludé la question des indemnités des administrateurs et des membres du bureau. Selon lui, le principe de base était que le travail du bureau méritait d’être reconnu compte tenu de la charge réelle qu’il occasionnait et du professionnalisme nécessaire pour gérer le Samu. Toujours d’après Yvan Mayeur, des organismes publics ont servi de modèle pour en déterminer la hauteur: les sociétés de logement social, les organismes para-régionaux, Mabru, les Cuisines bruxelloises et la STIB. Les revenus bruts d’Yvan Mayeur au sein du Samusocial (ndlr: 15.400 euros en 2014, 18.900 en 2015 et 16.800 en 2016, soit 770 euros nets par mois en moyenne), sont, d’après lui, inférieurs à ceux prévus par la Ville et la Région pour leur structure. Ceux des membres du bureau sont en dessous des marges fixées par la Région depuis 2012 et par la Ville, à partir de 2018. On est donc loin des « rémunérations excessives » invoquées pour créer la commission d’enquête, voire de comparaisons avec les montants évoqués dans le dossier Publifin, a commenté Yvan Mayeur.

« Ils voulaient exercer un contrôle sur le Samusocial au-delà du normal »

Son audition a aussi permis d’apporter un autre éclairage sur ce que l’on savait des relations tendues entre le Samusocial et la Commission Communautaire Commune de Bruxelles avec laquelle un contrat de gestion a été élaboré dans le cadre du plan d’accueil hivernal subsidié. Du côté de la Cocom, on argue que le Samusocial et Yvan Mayeur ont fait beaucoup pour empêcher l’instauration d’un contrôle public de l’asbl. D’après Yvan Mayeur, l’attitude du Samusocial dans ces négociations n’était pas motivée par sa volonté d’entretenir l’opacité, mais de limiter aux activités du dispositif hivernal le contrôle de la Commission Communautaire Commune car elle refuse d’accorder un subside structurel à l’association pour son fonctionnement ordinaire.

M. Mayeur a jugé que les cabinets (de Pascal Smet (sp.a) et de Céline Fremault (cdH), NDLR) souhaitaient exercer un contrôle sur le Samusocial « au-delà du normal ». Il s’est toutefois félicité de l’apport récent, et pour la première fois, de moyens financiers de la Région pour la mise à disposition d’un bâtiment destiné à héberger notamment des familles de sans-abri en dehors de la période hivernale. (avec Belga, photo Belga/Thierry Roge)

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20 juillet 2017 - 08h38