Le président du Samusocial a demandé une enquête sur la vie privée d’Alain Maron et de journalistes de la RTBF et du Vif

Ecolo's Alain Maron pictured during the installaton session of Brussels Region parliamentary inquiry commission on Samusocial, in Brussels, Tuesday 20 June 2017. BELGA PHOTO DIRK WAEM

Nouvelles révélations autour de l’ASBL Samusocial : le député Ecolo Alain Maron a révélé ce mercredi à l’occasion des auditions de trois directeurs du Samusocial, lors de la Commission d’enquête parlementaire sur le fonctionnement de l’ASBL, que le président du conseil d’administration du Samusocial Michel Degueldre avait demandé à son directeur de la communication une enquête “approfondie sur la vie” du député ainsi que de journalistes de la RTBF et du Vif/L’Express. La RTBF révèle que l’e-mail envoyé par Michel Degueldre a été envoyé le 25 mai dernier à Christophe Thielens, directeur de la communication du Samusocial. Grégory Polus, directeur opérationnel, Laurence Bourguignon, directrice pédagogique, et Aurélien Doffigny, directeur administratif, étaient en copie de ce mail. Ils sont ce mercredi interrogés par la Commission d’enquête.

“Comme il n’y a pas que des bons et des mauvais, j’aimerais te demander de faire une recherche approfondie sur la vie, les études, habitudes, convictions, amis, familles des deux vedettes journalistiques de Vif et RTBF et du député Ecolo. J’aimerais mieux comprendre leurs motivation, liens et éventuelles aspirations. L’époque des ‘gentils’ est terminée, explique Michel Degueldre dans cet e-mail.

Alain Maron a interrogé les directeurs du Samusocial interrogés ce mercredi concernant la teneur de cet e-mail. “On n’a jamais fait de recherche, que ce soit sur les journalistes ou sur Mr Maron”, affirme Aurélien Doffigny. “Pour ma part, il n’y a jamais eu de suite, à part le fait que cela nous a choqués”. “Cela a commencé à dégénerer au niveau des réactions”, explique Grégory Polus.

Et au sein même de la Commission d’enquête, les révélations d’Alain Maron ont fait débat, particulièrement autour de la publication de cet e-mail sur les réseaux sociaux. Tous étaient toutefois d’accord pour confirmer leur colère face au contenu de cet e-mail : “Je suis scandalisé, on a l’impression de revivre ce que les commissaires de Publifin ont vécu au Parlement wallon”, s’indigne Benoît Cerexhe (cdH).

Le directeur du service communication du Samusocial Christophe Thielens sera interrogé ce jeudi matin par la Commission d’enquête parlementaire. Michel Degueldre sera, lui, interrogé le mercredi 19 juillet prochain, après l’ancien bourgmestre de Bruxelles Yvan Mayeur.

“De l’intimidation”

Le parti Ecolo parle de “règne de l’intimidation” et de “pratiques d’un autre âge” concernant cet e-mail qui anime ce mercredi les débats de la Commission d’enquête. “Après un dépôt de plainte à l’encontre de Stéphane Hazée pour Publifin, des tentatives répétées de piratage informatique visant Georges Gilkinet pour son travail dans le cadre du Kazakhgate, c’est désormais le député Alain Maron qui est ciblé. Va-t-on devoir organiser une protection et mettre un avocat derrière chacun de nos mandataires qui fait son travail !?”, s’indignent les co-présidents d’Ecolo Zakia Khattabi et Patrick Dupriez, par voie de communiqué.

Le groupe cdH au Parlement bruxellois dénonce aussi “avec la plus forte véhémence” les tentatives d’intimidation et de pression imaginées par la Présidence du Samusocial à l’encontre de celles et ceux qui cherchent à comprendre les dysfonctionnements au sein de l’asbl. Les démocrates humanistes demande que le Président démissionnaire de l’asbl, M. Michel Degueldre, soit convoqué dans les plus brefs délais pour déterminer le plus rapidement possible, après l’avoir entendu, les suites judiciaires qu’il y a lieu ou non de donner à ces manœuvres que le cdH bruxellois qualifie de « dictatoriales, voire de caractère mafieux ».

 

“inacceptable et inquiétant”, pour l’AJP

L’Association des Journalistes Professionnels (AJP) qualifie mercredi d’“inacceptable et inquiétant” le courriel envoyé par Michel Degueldre, président démissionnaire du Samusocial, à son chargé de communication. De son côté, la Fédération Européenne des Journalistes (FEJ) annonce avoir dénoncé “cette tentative d’intimidation” au Conseil de l’Europe.

“Enquêter sur des professionnels de l’information et leurs proches, qui plus est dans l’intention explicite de les intimider et de leur nuire, bafoue scandaleusement le respect de la vie privée et le droit à la liberté de presse”, s’indigne l’AJP dans un communiqué. “Cela met par ailleurs en péril l’accès aux sources journalistiques et l’anonymat de ces mêmes sources.” “Les journalistes ont fait leur travail”, ajoute l’association. “La dénonciation des mauvaises gouvernances et des profiteurs du bien commun était et reste leur mission. Les tentatives d’intimidation à leur égard ne pourront pas les en écarter.” La Fédération Européenne des Journalistes (FEJ) a pour sa part annoncé sur le réseau social Twitter avoir dénoncé cette tentative d’intimidation au Conseil de l’Europe, auprès de la Plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes.

(Gr.I. avec Belga, photo Belga/Dirk Waem)

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12 juillet 2017 - 17h41