L’Afsca, Denis Ducarme et Maggie De Block se sont expliqués sur la crise du fipronil

« Ce n’est pas parce qu’un produit est interdit que nous ne contrôlons pas sa présence », a affirmé mercredi devant les commissions réunies de l’Economie et de la Santé publique de la Chambre Herman Diricks, administrateur délégué de l’Afsca. Il répondait ainsi à plusieurs députés s’étonnant de l’absence du contrôle de l’insecticide fipronil, dont la présence a été détectée dans des œufs, par l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire.

« On ne le contrôle pas parce qu’il est interdit? Allô! » s’était exclamée mercredi matin Annick Lambrecht (s.pa), qui pointe un « réel problème structurel ». « Les informations qui nous reviennent nous disent que l’Afsca ne contrôlait pas le fipronil car il s’agissait d’une substance interdite. Qu’en est-il alors potentiellement des autres substances? », s’interrogeait également Jean-Marc Nollet (Ecolo).

« Ce n’est pas parce qu’un produit est interdit que nous ne contrôlons pas sa présence », a fermement répondu Herman Diricks, administrateur délégué de l’Afsca. Le programme de contrôle de celle-ci est basé sur l’analyse de risque, a-t-il précisé. Ce programme de contrôle est de plus revu chaque année, fait l’objet de discussions avec le SPF Santé publique et avec le secteur et est publié sur le site internet de l’Agence. Ce système de contrôle s’adapte notamment aux informations reçues de l’étranger. « Oui, nous effectuons des contrôles sur des substances interdites. (..) La règlementation européenne détermine que ce programme doit être basé sur les risques car nous n’avons pas de moyens inépuisables permettant de détecter toutes les substances. »

« Nous n’avons rien caché »

Herman Diricks a aussi expliqué que les laboratoires avec lesquels travaille l’Afsca sont agréés et font l’objet chaque année d’un marché public européen. « Ce qui signifie que des laboratoires européens peuvent participer » au système de contrôle belge. Revenant sur les critiques relatives au manque de communication et au délai de réaction, M. Diricks a répliqué, catégorique: « Nous n’avons rien caché ».

Les instances européennes n’ont été informées que le 20 juillet, une fois que l’Afsca « disposait de suffisamment d’informations ». Quant à Willy Borsus, alors ministre de l’Agriculture, il n’a été informé que le 24 juillet. « Soyons honnêtes. En 2016, nous avons reçu 910 notifications. Nous pourrions nous dédouaner, en transmettant systématiquement au ministre toutes les notifications qu’on reçoit. Mais nous voulons prendre nos responsabilités. Dès qu’un problème se présente, nous l’avertissons. »

« Nous ne sommes pas une bande d’amateurs »

Plusieurs députés relevaient mercredi qu’il était un peu « facile » d’incriminer les Pays-Bas dans ce dossier. « J’ai toujours eu de très bons contacts avec mes collègues néerlandais », a-t-il répondu. « Mais s’ils nous avaient répondu le 19 juin, nous aurions pu agir plus rapidement. Et cela aurait aussi figuré dans le système de contrôle et aurait été intégré à celui-ci. » L’administrateur délégué s’est offusqué, enfin, de la demande de députés de réaliser un audit de l’Afsca. « Nous faisons l’objet de 10 ou 12 audits chaque année: de la Commission, de pays tiers… Nous ne sommes pas une bande d’amateurs! »

« Tout notre système vise à ce que la réglementation européenne soit appliquée », a-t-il martelé. Certains réclamaient encore que l’Afsca passe sous tutelle de la ministre de la Santé publique et non plus du ministre de l’Agriculture, comme c’est le cas actuellement. Une proposition sans intérêt aux yeux de Maggie de Block, ministre de la Santé. « La coordination s’organise très bien comme ça. Le ministre lui-même a reçu l’information très tardivement, mais il m’a informé le jour-même. » (Belga)

  • Reportage de Marie-Noëlle Dinant et Marjorie Fellinger.

Partager l'article

09 août 2017 - 17h07