Des peines de 18 mois de prison réclamées à l’encontre des « princesses du Conrad »

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L’auditeur du travail Henri Funck a requis vendredi matin, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, des peines de 18 mois de prison à l’encontre des prévenus dans l’affaire des « princesses du Conrad« , ainsi que des amendes pour un montant total de 1.897.500 euros. Les avocats de la défense, eux, ont plaidé l’acquittement. Dans ce dossier, une princesse des Emirats arabes unis, sept de ses filles et un de leurs majordomes sont prévenus pour des faits de traite des êtres humains à l’égard de 23 femmes qu’ils employaient, en 2007 et 2008, à l’hôtel Conrad (aujourd’hui Steigenberger) à Bruxelles.

L’auditeur a estimé que les préventions devaient être établies et a réclamé des peines de 18 mois de prison à l’encontre des prévenus, sans s’opposer à un éventuel sursis. Il a également requis des amendes pénales de 15.000 euros par travailleuse victime, augmentées d’intérêts. Il a ainsi demandé la condamnation des prévenus, solidairement, à la somme totale de 1.897.500 euros. La défense, elle, a plaidé l’acquittement des prévenus. Celle-ci estime que c’est la société « Private Department », qui a signé les contrats d’emploi avec les victimes, qui est responsable devant la justice. « C’est cette société qui a signé les contrats. Elle a aussi souscrit des assurances santé pour ces employées », a précisé Me Stephen Monod, du barreau de Paris. Mais aussi, sur le fond du dossier, les avocats de la défense ont considéré que les faits ont, à tout le moins, été largement exagérés par certaines victimes. « Il y a des récits qui ne tiennent pas la route. Lorsqu’on entend que des travailleuses devaient changer les draps de lit des princesses, imaginez-vous que du personnel autre que celui de l’hôtel fasse les lessives et étende le linge aux fenêtres? On a construit une histoire », a avancé Me Monod. « Egalement, lorsque j’entends dire qu’on leur confisquait leurs passeports pour les empêcher de circuler librement, je réponds que c’est faux. Pensez-vous que la famille avait peur qu’elles s’en aillent? Il n’aurait pas été difficile pour elle de retrouver du personnel dans ce domaine », a encore affirmé l’avocat. « On a voulu salir une certaine catégorie de personnes, pour soutenir une cause qui n’est en réalité pas touchée ici. » « On a privilégié la poursuite des princesses plutôt que de la société « Private Department », personne morale », a surenchéri Me Adrien Masset, également conseil de la défense. De leur côté, la partie civile et le ministère public ont par contre affirmé que si les contrats avaient été signés par cette société, c’est bien sous les ordres des prévenus que les victimes se trouvaient. Ils ont aussi rappelé que cette société commerciale était détenue en majeure partie par la famille royale visée dans cette affaire. Les avocats de la partie civile ont également parlé d’un véritable esclavagisme « contemporain », les prévenus s’étant « complètement foutu du droit social belge » en se retranchant derrière des usages en vigueur aux Emirats arabes unis. Les faits en cause remontent à fin juin 2008. La police avait constaté qu’une famille princière des Emirats arabes, qui louait tout un étage du luxueux hôtel Conrad à Bruxelles depuis de nombreux mois, y exploitait une vingtaine de femmes de différentes nationalités. Celles-ci y séjournaient dans des conditions proches de l’esclavage, sans permis de travail, sans permis de séjour, avec rémunération infime ou sans. Elles travaillaient jour et nuit, dormant quelques heures sur des matelas devant les portes des chambres des princesses qu’elles servaient, ou entassées dans une seule chambre. Elles n’avaient également pas le droit de quitter l’étage, selon l’enquête. Les prévenus doivent aujourd’hui répondre de traite des êtres humains, de traitements inhumains et dégradants, de séquestration et d’infractions à la législation sociale belge. L’affaire a été prise en délibéré vendredi vers 14h00 par la juge Anne Carlier et ses assesseurs. Le jugement sera prononcé le 23 juin prochain à 9h00. (Belga)

Voir notre reportage réalisé avant le début du procès ici.

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12 mai 2017 - 14h26