Venezuela: la fin tragique d'un boxeur au cinéma, sa famille refuse

Le film promettait d’être le grand succès 2016 du cinéma vénézuélien: “El inca”, inspiré de la vie du champion de boxe Edwin Valero, qui a connu une fin tragique, se suicidant après avoir tué sa femme, a été retiré des écrans à la demande de sa famille. Le 19 avril 2010, le champion du monde WBC des poids légers, âgé de 28 ans, s’était suicidé dans sa cellule, au lendemain de son arrestation pour le meurtre de son épouse. Il était alors couvert de gloire, invaincu en 27 combats, dont 26 par KO. Adapté au cinéma, son terrible destin est devenu le film “El inca” – son surnom -, sorti le 25 novembre. Près de 15.000 spectateurs sont allés le voir… jusqu’à son brutal retrait des salles le 13 décembre, sur décision du juge Salvador Mata Garcia, du tribunal de protection de l’enfance de Caracas.

En un peu plus de deux semaines, le long-métrage avait réussi à se hisser à la troisième place du box-office vénézuélien pour 2016. Mais c’était sans compter le recours déposé par la famille du boxeur, qui a exigé que cesse sa diffusion afin de protéger la vie privée, l’honneur et la réputation des enfants de celui qui avait remporté le titre WBC en 2006 et celui de la WBA, dans la catégorie des super-plumes, en 2009. A l’écran, le film raconte la vie du jeune sportif consommateur de drogues, ses lésions cérébrales après un accident de moto, ses ennuis avec la police pour violence domestique contre sa femme Jennifer.

Mais pour Oswaldo Cali, avocat du réalisateur, ce n’est pas seulement ce portrait sombre d’Edwin Valero qui a valu au film d’être interdit: il y aussi des raisons politiques, affirme-t-il. El inca” était un fervent partisan de l’ex-président, le défunt Hugo Chavez (1999-2013). On le reconnaissait d’ailleurs à son tatouage du dirigeant socialiste, qui un jour l’invita à son programme télévisé “Allo président” pour lui rendre hommage comme icône sportive de la révolution. La famille nie toute motivation politique.

Le frère du boxeur, Edward Valero, critique ainsi auprès du journal Los Andes que le film se base “sur une histoire fausse” et “des informations de la presse à scandales”. Mais pour l’avocat du film, les faits relatés dans le long-métrage, interdit aux moins de 16 ans, sont du domaine public et ne requièrent donc pas l’autorisation de la famille. Il dénonce une violation de la liberté d’expression et une sanction exagérée. Selon le réalisateur, l’investissement de plus de 500.000 dollars (475.000 euros) dans ce projet n’a pas été compensé par le peu de temps de présence sur les écrans. Peu de cas de censures de films ont été répertoriés au Venezuela, le plus connu étant “Ledezma, el caso Mamera” (1981), sur l’histoire vraie d’un meurtre commis par un policier de Caracas.

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30 décembre 2016 - 14h35