Photojournalisme: au festival Visa, le long calvaire des femmes réfugiées

Pour les femmes réfugiées, les routes de l’exil constituent une double peine. Avec leurs enfants, elles ont tout laissé derrière elles et risquent leur vie comme les hommes, mais sont en outre exposées aux violences sexuelles, à la prostitution. La photographe française Marie Dorigny les a suivies et présente son travail, tout en sensibilité, au festival international Visa pour l’image de Perpignan (sud de la France). « J’ai voulu montrer la difficulté d’être femme et mère. Il y a les risques de viol, les trafics pour les réseaux de prostitution. Et elles sont souvent enceintes, font des fausses couches ou accouchent prématurément. Comment ensuite allaiter, s’occuper d’un bébé au milieu d’un camp de 1.500 personnes? », s’emporte la photoreporter.

Sa série en noir et blanc, intitulée « Displaced – Femmes en exil », est née d’une commande du Parlement européen pour illustrer la crise actuelle des migrants à travers les difficultés rencontrées par des femmes réfugiées éligibles à l’asile: Syriennes, Irakiennes et Afghanes. Début 2016, plus de la moitié des migrants arrivant en Europe étaient des femmes et des enfants, un record, d’après le Haut commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR), qui alerte régulièrement sur les « graves risques de violence sexuelle » auxquelles ces mères et adolescentes exilées sont confrontées tout au long de la route.

Sur les six premiers mois de l’année, l’organe de contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne Frontex estime qu’environ 240.000 personnes sont arrivées illégalement en Europe. Marie Dorigny s’est rendue en décembre 2015 sur l’île grecque de Lesbos, puis à la frontière macédonienne et enfin dans des foyers en Allemagne. « Elles sont hébétées, elles ne savent pas où elles sont. Elles ont bien conscience qu’elles ne sont pas les bienvenues en Europe. On leur dit: +on ne veut pas de vous+ ». Elles sont dans un état de sidération ». Marie Dorigny montre une de ses photos: « Cette femme est enceinte, elle s’est évanouie sur la plage », juste après son arrivée, au terme d’une éprouvante et dangereuse traversée de la mer Egée à bord d’un canot pneumatique. Elle est réconfortée par une jeune volontaire grecque qui la tient dans ses bras.

– ‘On n’est pas à la hauteur’ –
Quand elles arrivent au bout du voyage, les femmes migrantes ont une « santé mentale dégradée », témoigne Françoise Sivignon, présidente de l’ONG Médecins du Monde (MDM) lors d’une table ronde sur les femmes migrantes organisée par le festival, qui se tient jusqu’au 11 septembre. « Elles ont besoin de décrire les violences, les tortures. Et en même temps, c’est très intime, très compliqué ». Sur un cliché de la photoreporter, une vieille femme, le visage très marqué, a enroulé son frêle corps dans une couverture de survie. « Elle n’était jamais sortie de son village de montagne, elle a 83 ans. Vous imaginez votre grand-mère dans cette situation? ».

Sur une autre photo, des femmes derrière le grillage d’un centre d’enregistrement de Lesbos. Les visages sont fermés, les regards inquiets. Elles attendent de savoir si elles seront acceptées sur le sol européen. Inévitablement, ces images poignantes en appellent d’autres, le passé refait surface. « Ma mère est partie en exode devant les Allemands en 1940, j’ai pensé à cela pendant tout le reportage. Ma mère en a été traumatisée toute sa vie », se souvient Marie Dorigny. « Je me demande comment vont être ces femmes et ces enfants », poursuit-elle. Quand l’Europe ferme ses frontières, « on rajoute à la maltraitance, j’ai honte. C’est terrible de voir l’Histoire se répéter et de se dire qu’on n’est pas à la hauteur ».

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06 septembre 2016 - 11h25