Philippines: Duterte menace les médias critiques

Le président philippin Rodrigo Duterte a insulté les deux principaux médias de l’archipel et les a mis en garde contre les conséquences de leur couverture critique de sa guerre sanglante contre la drogue. M. Duterte s’en est pris jeudi à la première chaîne de télévision ABS-CBN et au quotidien Philippine Daily Inquirer, en profitant pour attaquer du même coup le Parlement européen qui l’a critiqué pour abus supposés des droits de l’Homme.
« Je ne les menace pas mais un jour ils vont être rattrapés par leur karma », a lancé M. Duterte aux deux médias. « Ils sont sans vergogne, ces fils de pute de journalistes ».
Le président a cité nommément les familles propriétaires du Inquirer et de ABS-CBN, respectivement Prieto et Lopez, les qualifiant « d’oligarques » se servant de leur média pour promouvoir leurs candidats politiques préférés. « C’est tout ce qui mine la société philippine, les médias corrompus, les visages des Prieto et Lopez, leur argent et l’Eglise », a-t-il affirmé.
Il a menacé de se servir de la chaîne de télévision publique contre ces deux familles. « Je vais aussi vous faire rendre des comptes. Je vais passer votre vie au crible ainsi que celle de vos enfants ».
M. Duterte avait remporté l’élection dans un fauteuil en promettant d’éradiquer le trafic de drogue et de faire abattre des dizaines de milliers de délinquants présumés.
Depuis son entrée en fonctions fin juin, la police a annoncé avoir abattu au moins 2.564 trafiquants ou toxicomanes présumés tandis que plus de 4.200 personnes ont été tuées dans des circonstances non élucidées, selon les chiffres officiels.
Rodrigo Duterte bénéficie du soutien de nombreux Philippins qui jugent que la criminalité doit être combattue par des mesures extrêmes.
Les défenseurs des droits estiment que les autorités philippines sont peut-être en train de commettre un crime contre l’humanité. Le Parlement européen figure parmi l’une des institutions internationales qui s’est montrée très critique envers M. Duterte.
Le président Duterte est coutumier des harangues outrancières. Il avait aussi qualifié l’ancien président américain Barack Obama de « fils de pute ».
L’année dernière, M. Duterte avait semblé justifier l’assassinat de journalistes qui seraient corrompus.
« Ce n’est pas parce que vous êtes journaliste que vous êtes exempté d’assassinat, si vous êtes un fils de pute. »

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31 mars 2017 - 05h00