Lire les émotions sur un visage s'apprend dès le plus jeune âge

Dès sept mois, un enfant sait décrypter les émotions qui s’expriment sur les visages, mais les stratégies qu’il utilise diffèrent selon sa culture. C’est le constat d’une étude
internationale coordonnée par l?Université de Fribourg. Depuis leur plus tendre enfance, les humains développent des circuits neuronaux spécifiquement dédiés à montrer et reconnaître une variété d’expressions faciales. Celles-ci jouent un rôle crucial dans la survie de l’espèce.

Cependant, des études, déjà menées à l’Université de Fribourg (UNIFR), ont montré que les mécanismes perceptifs que les adultes utilisent pour transmettre et décoder des signaux émotionnels visuels diffèrent entre l’Occident et l’Orient. Si, pour les Occidentaux, la bouche est clairement le centre de l’attention et de l’expression, celles-ci se focalisent sur les yeux chez les Orientaux.

«Ces mécanismes se reflètent d’ailleurs parfaitement dans l’utilisation que nous faisons des émoticônes», explique Roberto Caldara, professeur au Laboratoire de neurosciences visuelles et sociales et responsable du Eye and Brain Mapping Laboratory (iBMLab) de l’UNIFR, cité vendredi dans un communiqué de cette dernière. En Orient, les changements d’expression sont visibles dans les yeux. Heureux et malheureux se traduisent respectivement par: ^_^ et T_T. Tandis qu’en Occident, c’est par la bouche que la différence s’exprime: :) et :(.

Si ceci est valable pour les adultes, aucune étude n’avait encore examiné à partir de quel âge ces différences devenaient effectives. Pour le découvrir, Roberto Caldara a coordonné une
étude, menée entre l’Angleterre, l’Italie et le Japon, qui montre qu’un bébé de sept mois utilise déjà les mêmes stratégies que les adultes du milieu dans lequel il grandit.

Des tests ont été menés sur 77 enfants nés en Angleterre et 76 enfants nés au Japon. Les mouvements de leurs yeux ont été suivis et analysés, alors qu’ils observaient des expressions de joie ou de peur sur des visages alternativement orientaux ou occidentaux.

Les résultats montrent que les enfants occidentaux fixent leur attention sur la bouche et les enfants orientaux sur la région oculaire, reproduisant ainsi ce qui a pu être observé chez les adultes des mêmes régions.

Il apparaît aussi clairement que leur stratégie ne change pas selon l’origine du visage auquel ils sont exposés. L’étude confirme ainsi l’influence précoce et prépondérante de l’environnement social sur la façon dont les tout petits décodent les émotions faciales. Ces travaux sont publiés dans la revue Current Biology.

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05 août 2016 - 11h45