Les exclus du chômage le vivent comme une injustice, selon une étude de l'UCL

Six mois à un an après avoir été exclues du chômage, les personnes concernées disent vivre cette sanction comme une injustice et la contestent, ressort-il samedi d’une étude de l’Université catholique de Louvain (UCL), mandatée par l’Observatoire bruxellois de l’emploi d’Actiris, qui a interrogé 55 d’entre elles. Les institutions auxquelles les chômeurs font ou ont fait face sont en outre jugées froides et imperméables aux vécus individuels. Les chercheurs concluent à un échec « sans appel » de la politique d’activation de la recherche d’emploi pour cette catégorie de demandeurs d’emploi. D’après les personnes interrogées, une différence « flagrante » réside dans la manière dont la notion de recherche d’emploi est définie par les autorités et par les chercheurs d’emploi. Pour Marc Zune, chercheur à l’Institut d’analyse du changement dans l’histoire et les sociétés contemporaines de l’UCL, « le resserrement des règles du chômage a tendance à écarter des personnes aux profils d’emploi ou de vie qui s’éloignent d’une norme absolue, celui de l’emploi à temps plein et stabilisé ».
Les personnes particulièrement précarisées ont en outre également d’autres préoccupations reléguant, par moments, la recherche d’emploi au second plan: nourrir une famille, se loger ou faire face au surendettement. Cela « alors que les institutions attendent des actes, formels, constants et intensifs ». Ces différences de vue tendent alors à créer un fossé entre les exclus et les institutions.
Une fois l’exclusion décidée, les allocations de chômage sont suspendues. Mais aucune autre solution n’est automatiquement mise en place, constatent les chercheurs. « L’exclusion génère très clairement des processus marqués de dévalorisation, de dégradation et de paupérisation qui affectent tant les exclus que leur entourage », estime Marc Zune.
A ses yeux, il faut revoir les méthodes d’évaluation de recherche d’emploi. Cela passe par un accompagnement plus global et personnalisé des chômeurs. Il est en outre nécessaire de reconnaître l’ensemble des expériences de travail (petits boulots, missions, piges, bénévolats, engagements divers, etc.) et de revoir les normes d’accès au chômage, « définies davantage en fonction de préoccupations budgétaires qu’en fonction de la sociologie de l’emploi ».

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29 avril 2017 - 10h00