Le choix de l'audace, jusqu'au bout: Bowie raconté par un collaborateur

Lorsque David Bowie est entré nonchalamment dans un club de jazz intimiste de New York pour entendre jouer Donny McCaslin, le saxophoniste américain reconnaît qu’il n’était pas bien au fait de la discographie de la légende du rock disparue il y a un an. En quête perpétuelle de renouvellement, David Bowie a rencontré Donny McCaslin une semaine plus tard, avant de lui proposer une collaboration par email.
Dans son 25e et ultime album, “Blackstar”, la légende britannique a encore expérimenté une sorte de hard jazz en posant sa voix sur le saxophone de Donny McCaslin, un artiste qui a repoussé les frontières de l’électro dans le jazz.
L’album a été acclamé par la critique dès sa sortie, le 8 janvier 2016. Deux jours plus tard, David Bowie mourrait des suites d’un combat contre le cancer, qu’il avait gardé secret.
“Cela a été une année à nulle autre pareille pour moi”, confie à l’AFP Donny McCaslin, attablé dans un café du quartier new-yorkais de Greenwich Village. “J’étais tellement heureux de voir l’accueil de la critique, tout particulièrement pour David. Tout était si fabuleux. Et puis il est décédé et j’ai été tout simplement accablé de chagrin.”

Depuis, le musicien et son groupe ont dévoilé en octobre leur propre album, “Beyond Now”, inspiré par “Blackstar” et dont la sortie était prévue avant la mort de l’icône du rock.
Ecouter “Blackstar” est toutefois encore douloureux, assure-t-il.
Après avoir accepté de collaborer à l’album de David Bowie, le saxophoniste de 50 ans s’est mis à écouter les classiques du rockeur, avant d’arrêter rapidement, comprenant qu’il avait été choisi pour ses propres sonorités, se souvient Donny McCaslin, affable mais ému.
L’album, numéro un dans plusieurs pays, n’a pas été nommé en 2016 pour le Grammy Award du meilleur album de l’année, pour lequel la diva britannique Adele et le chanteur canadien Justin Bieber sont notamment en lice.
“J’aime bien Adele, je n’ai rien contre elle, mais regardez le contenu de +Blackstar+, le contenu artistique. Il n’y a aucune comparaison possible”, s’offusque Donny McCaslin.
“Justin Bieber et ‘Blackstar’ ? Allons, un peu de sérieux!”, poursuit-il. “C’était assez décevant parce que ‘Blackstar’ est une oeuvre d’art. Mais bon, ce n’est pas moi qui décide.”
Sur la question de la mort de David Bowie, en revanche, le musicien se veut bien plus discret.

Depuis le décès, qui a créé une onde de choc mondiale, les fans de Bowie tentent de déceler dans les paroles de “Blackstar” des réponses à ce départ si soudain.
Donny McCaslin, lui, assure porter plus d’attention à l’émotion dégagée par la voix du chanteur qu’aux paroles elles-mêmes. Quant aux spéculations qui présentent l’album comme un testament, il n’y croit pas.
“J’ai lu tant de choses là-dessus. Mais d’après moi, il allait de l’avant, en ce qu’il parlait d’enregistrer davantage de musique. Donc ce simple fait me laisse à penser qu’il ne s’agit pas d’un adieu”, explique-t-il.
“Beyond Now”, la chanson-titre de son propre album, a été inspirée par une chanson qui n’a pas été intégrée à “Blackstar”, qui ne contient que sept titres. Sur l’album, Donny McCaslin et son groupe intègrent du David Bowie, mais également des artistes électro populaires, à l’instar de Deadmau5 et The Chainsmokers.
S’il n’entend pas faire de son travail une continuité de celle de la légende disparue, il reconnaît toutefois que l’influence de Bowie et sa capacité à prendre des risques, même si tard dans sa carrière, l’ont marqué à jamais.
“Vous voyez quelqu’un à son niveau, à ce stade de sa carrière et c’est vraiment une source d’inspiration”, s’émeut-il. “A 68 ans, il aurait pu faire n’importe quoi. Mais au lieu de cela, il est venu nous chercher”.

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03 janvier 2017 - 07h50