L'écrivain Pierre Lemaitre prépare la suite d'"Au revoir là-haut"

Auteur de roman noir, Pierre Lemaitre revient à la « littérature blanche » et travaille à la suite d' »Au revoir là-haut », prix Goncourt adapté en BD et au cinéma, avec lequel il est, sans le vouloir, sorti de son genre de prédilection. Lemaitre s’est senti « tellement bien dans l’écriture » d' »Au revoir là-haut » qu’il s’était dit que si ce roman marchait « un petit peu », il ferait « volontiers la suite », a-t-il expliqué à l’AFP lors du salon international du livre de Bogota (FILBo), organisé du 25 avril au 8 mai.
Il a ainsi laissé « un certain nombre de pistes » pour continuer l’histoire d’Albert et Edouard, ses deux poilus de la Grande Guerre qui montent une escroquerie aux monuments aux morts. Le succès ayant dépassé ses espérances, il cisèle à présent le premier de deux autres livres, construisant « une trilogie qui couvre l’entre deux guerres », des années 20 aux années 40.
Si « Au revoir là-haut » débute par un crime, le prix Goncourt 2013, vendu à plus de 600.000 exemplaires, était a priori parti du mauvais pied, menant Lemaitre hors des sentiers du suspense qui ont fait la notoriété de cet auteur parisien ayant alors déjà cinq livres à son actif.
« C’est un roman policier qui a mal tourné: il a tourné du côté de la littérature blanche », précise l’écrivain, qui s’est « rendu compte au bout d’un moment que ce livre n’avait pas le code génétique du roman noir. » Mais, aimant ses personnages, il se souvient s’être « dit ‘ce sera ce que ça sera’ et ça a été un prix Goncourt ». « J’ai eu de la chance! », se réjouit-il, les yeux pétillants.

Admirateur de Proust qu’il relie inlassablement, passionné de littérature, qu’il a enseignée avant d’être enfin publié il y a seulement une quinzaine d’années, Pierre Lemaitre, 66 ans, aujourd’hui traduit en trente langues, n’a pas délaissé l’intrigue.
Son dernier opus « Trois jours et une vie », sorti l’an dernier, conte ainsi l’histoire d’un enfant meurtrier parvenu à l’âge adulte sans être inquiété, dont le destin peut cependant basculer à tout instant.
Ce polar était déjà conçu avant le succès d' »Au revoir là-haut », qui a remporté une dizaine de prix. Mais « le Goncourt a été un événement considérable qui m’a mobilisé pendant de nombreux mois et le livre que j’avais commencé a dû être abandonné ».
Puis il l’a repris, renouant avec le roman noir qui est selon lui « aujourd’hui ce qu’était la tragédie dans l’Antiquité »: « On se saisit des grandes passions humaines, généralement dans des moments de crise » quand elles « sont chauffées à blanc. »

« La fidélité vis-à-vis des lecteurs consistait à leur donner le roman que j’avais prévu de faire (…) C’était une manière de dire que le Goncourt n’avait pas tout changé dans ma vie… mais presque », lâche-t-il.
Car ce prix a bel et bien bouleversé l’existence d’un auteur qui « n’aime pas voyager », même s’il écrit « à peu près n’importe où » et « tout le temps » car, quoiqu’il fasse, l’histoire qu’il est en train de construire « continue de courir dans (sa) tête ».
Si « Au revoir là-haut » l’a éloigné du polar, il lui a ouvert de nouveaux horizons, dont celui de la BD. « Je ne connaissais pas du tout la grammaire, la syntaxe de la bande dessinée. Ce n’est pas ma culture. » Lemaitre a néanmoins tenu à se « colleter à cette difficulté nouvelle » et à travailler avec le dessinateur et scénariste Christian De Metter. « Il m’a appris le métier. J’ai adoré cette expérience! »
Et la saga n’est pas terminée: le roman a été adapté au cinéma par Albert Dupontel. « Juste avant de venir (…) en Amérique latine, j’ai vu la première version », se délecte l’écrivain, qui a « pleuré comme une madeleine » en découvrant pour la première fois une de ses histoires sur grand écran.
Toujours prêt à expérimenter, Pierre Lemaitre devait même jouer dans ce long métrage, dont la sortie est prévue en octobre. Juste une « silhouette, à la Hitchcock ». Mais la scène a été supprimée au montage. « Si le film est raté, ce sera à cause de ça », avertit l’écrivain, malicieux.

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04 mai 2017 - 08h10