La lingerie "made in France" n'a pas dit son dernier mot

Défiée de toutes parts, la lingerie « made in France » entend riposter à la concurrence asiatique et aux grosses machines comme Victoria’s Secret en misant sur son savoir-faire centenaire. Quatorze marques françaises dont Chantelle, Maison Lejaby, Simone Pérèle ou Aubade ont uni leurs forces pour un défilé en commun en marge de la Fashion Week à Paris, une première qui s’est tenue dimanche soir au coeur de la capitale. Pas de mise en scène tape-à-l’oeil ou de mannequins mondialement connues comme pour le grand show pailleté de l’américain Victoria’s Secret début décembre à Paris, vu par plus de 50 millions de personnes sur la plateforme YouTube.

Préférant une contre-attaque tout en élégance, l’événement parisien « Lingerie, mon amour » a choisi la sobriété, de la musique classique et des mannequins relativement peu connues pour mettre en valeur les dessous féminins.

Eventail à la main, des mannequins ont défilé en portant perruques blanche et crinolines dans un Versailles imaginaire à l’esprit boudoir.
Outre ce clin d’oeil à Marie Antoinette, « l’une des premières femmes à s’être libérée du corset », selon les organisateurs, le défilé a également rendu hommage au New Look d’après guerre de Christian Dior ou aux femmes fatales de Saint Laurent, immortalisées par le photographe Helmut Newton en vestes de smoking et porte-jarretelles. Un dernier tableau plus romantique a mis en scène des sylphides en tutu, mettant en valeur des dessous aux couleurs pastel et des détails raffinés.

La force de la lingerie française, « c’est la corseterie, c’est-à-dire l’assemblage de 30 à 40 pièces. C’est un produit très technique qui requiert une grande expertise », explique Karine Sfar, de la fédération française. Grâce à ce savoir-faire, l’Hexagone est le numéro un de la lingerie haut de gamme et bénéficie d’une longueur d’avance en matière de qualité et de mode. Mais en nombre de pièces produites, elle arrive seulement en quatrième position derrière la Chine, Taiwan et le Sri Lanka. « Un vêtement aussi intime doit être confortable et rendre les femmes plus belles » poursuit Mme Sfar. D’autant plus que « les femmes achètent de la lingerie pour elles-mêmes », renchérit Alain De Rodellec, en charge des ventes chez Chantelle, écartant en partie l’idée qu’elles le font « pour séduire ou pour un rendez-vous galant ».

En dépit de ce discours, les enseignes de lingerie sont loin d’être des bastions féministes. « On ne peut pas dire ça quand quasiment aucune des marques de lingerie n’est tenue par une femme », glisse la patronne de la fédération. En attendant, le monde de la lingerie espère bien être reconnu comme faisant partie à part entière du milieu de la mode.

« C’est le rêve de beaucoup de créateurs de défiler à la Fashion week, il y avait une grande dame de la lingerie Chantal Thomass qui a voulu le faire, mais ça reste difficile de l’intégrer », selon M. De Rodellec. « J’espère que ça arrivera un jour ».

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25 janvier 2017 - 07h25