Guy Bedos jugé pour avoir comparé Marine Le Pen à Hitler

« Je persiste et signe sur ce que j’ai dit » : l’humoriste Guy Bedos a assumé jeudi d’avoir accusé Marine Le Pen de « faire la campagne d’Hitler » devant le tribunal de Paris où il était poursuivi pour « injure » par la présidente du parti d’extrême droite Front national. L’humoriste était assigné, avec le directeur de la publication du Figaro, pour une interview réalisée fin 2013 en marge d’un gala contre le racisme et en soutien à l’ex-ministre Christiane Taubira, organisé par le directeur du théâtre du Rond-point Jean-Michel Ribes.

Interrogé par un journaliste du Figaro sur les huées lancées par des militants à l’arrivée de l’ex-garde des Sceaux, Guy Bedos avait mis en cause la présidente du FN dans la montée de la haine raciste en France.

« Madame Le Pen (…) fait la campagne d’Hitler », avait déclaré l’humoriste. « Elle a simplement remplacé les juifs par les Arabes et les nègres. Elle dit à tous ces gens qui vont mal, car nous sommes dans la même crise que dans les années hitlériennes, si vous êtes au chômage, si vous souffrez, c’est parce qu’il y a trop d’Arabes, trop de Noirs », avait-il ajouté. A ses yeux, la patronne du FN « fait croire aux Français » que si on les « fout à la mer », « ils auront du travail ».

Appelé à la barre, Guy Bedos, 82 ans, cheveux blancs, costume noir, décline sa profession: « acteur, humoriste et écrivain ». Interrogé sur ses revenus, il dit « n’avoir jamais fait attention à l’argent » et à la présidente qui souligne son casier judiciaire vierge, il répond: « ce que j’ai fait de mal, j’ai fait en sorte que ça ne se sache pas ».

Il explique que la lutte contre le racisme est « une obsession » pour lui depuis 60 ans et parle de l’amitié qui le lie à Christiane Taubira, en glissant ironique, que son amie « a un défaut: elle est noire ».

Interrogé sur sa mise en cause de Marine Le Pen, il dit ne pas l’avoir comparé à Hitler au pouvoir, « je dis pas qu’elle s’apprête à ouvrir des camps, ce sont ses propos de campagne que je visais ». « Et, ce soir là, je suis sorti de mes gonds », a admis l’humoriste.

Le procureur, son avocat et l’avocat du Figaro ont demandé la relaxe, estimant que les propos visés ne relevaient pas de l’injure mais de la diffamation et qu’ils n’étaient pas injurieux car ils ne visaient pas une personne mais sa politique.

L’avocat de Marine le Pen a réclamé 5.000 euros de dommages et intérêts en dénonçant « un tenant de la +bienpensance+, représentant d’une hégémonie culturelle qui prétend donner des leçons idéologiques ».

A la fin, Guy Bedos a remercié l’avocat du Figaro pour l’avoir aussi défendu. « Ce n’est pas mon journal préféré, mais je crois que je vais m’abonner », a-t-il lancé. Jugement le 13 octobre.

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08 juillet 2016 - 07h30