"Grave", une oeuvre choc sur le passage à l'âge adulte

Âmes sensibles s’abstenir… Premier long métrage de Julia Ducournau en salles mercredi, « Grave » est une oeuvre dérangeante qui revisite le film d’horreur à travers les métamorphoses d’une adolescente végétarienne attirée par le cannibalisme. Ce film franco-belge interdit aux moins de 16 ans, qui a fait sensation au dernier Festival de Cannes où il était présenté à la Semaine de la critique, avant d’être remarqué dans plusieurs autres manifestations (Festival de Toronto, Festival du film fantastique de Gérardmer…), raconte l’histoire de Justine, une fille de vétérinaires, végétarienne comme toute sa famille.

Alors qu’elle intègre à 16 ans l’école de « véto » où sa soeur est déjà étudiante, commence un bizutage musclé, au cours duquel on l’oblige à manger un rein de lapin cru. Désormais irrésistiblement attirée par la viande, Justine découvre que son nouveau penchant va bien au-delà de la chair animale, et qu’il s’agit plutôt d’un goût pour la chair humaine…

Avec cette histoire abordant frontalement le tabou du cannibalisme, Julia Ducournau, qui « revendique le caractère protéiforme » de son long métrage, se frotte au film de genre – horreur et fantastique. Mais elle signe aussi et avant tout un récit d’apprentissage et d’émancipation sur le passage à l’âge adulte, la découverte du corps en mutation et celle de la sexualité, montrant les corps au plus près et sans apprêt, dans une lumière brute.

Pour la réalisatrice de 33 ans, ancienne étudiante de la Femis, amatrice de films d’horreur et influencée par le cinéma de David Cronenberg, « +Grave+ est centré autour de la construction d’une identité et d’une morale au sein d’un système perverti – celui du bizutage et celui de la famille ».

Son héroïne, interprétée tout en tension et revirements imprévus par Garance Marillier, « va s’affirmer, se découvrir » et « pousser l’horreur à son maximum pour réaffirmer sa différence », poursuit la cinéaste dans le dossier de presse.

« Je vois en +Grave+ une tragédie antique moderne », souligne encore cette fille de médecins, dont la mère est gynécologue et le père dermatologue. Elle avait déjà tourné avec Garance Marillier un court métrage, « Junior », et un téléfilm, « Mange », qui traitaient tous deux d’une métamorphose physique.

Avec des scènes choc parfois sanglantes – épilation se terminant par la dégustation d’un doigt ou corps à moitié mangé découvert au réveil -, ce film singulier, nerveux et physique oscille habilement entre quotidien et horreur, suscitant l’angoisse et le malaise chez le spectateur tout en instillant des touches d’humour avec audace.

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15 mars 2017 - 08h00