Délinquance des jeunes adultes à Bruxelles: l'influence du contexte socio-économique

De fortes différences entre communes apparaissent en matière de délinquance enregistrée des jeunes adultes à Bruxelles, qui semblent liées au contexte socio-économique de ces communes, ressort-il d’un article publié jeudi dans la revue Justice et Sécurité. Molenbeek, Saint-Josse, Anderlecht, Bruxelles-Ville et Koekelberg se situent en tête de classement, tandis que les taux les moins élevés sont répertoriés à Woluwe-Saint-Pierre, Woluwe-Saint-Lambert, Uccle, Watermael-Boitsfort et Auderghem. L’article se base sur une analyse de la délinquance enregistrée par l’institution judiciaire chez les jeunes bruxellois de 18 à 25 ans, soit les jeunes qui ont fait l’objet d’un signalement à la suite d’une plainte, d’une dénonciation ou d’une action policière, entre 2008 et 2012.
De forts écarts apparaissent entre les communes. Ainsi, à Molenbeek-Saint-Jean, 3.443 jeunes ont été signalés entre 2008 et 2012. Dans cette commune, 10,7% des jeunes de cette tranche d’âge par an sont entrés en contact avec la justice sur la période étudiée. Ce taux est similaire à Saint-Josse-Ten-Noode (10,5%), suivie par Anderlecht (3.804 jeunes signalés, 10%), Bruxelles-Ville (5.678 jeunes, 9,9%) et Koekelberg (593 jeunes, taux moyen annuel de jeunes signalés de 8,9%). Des taux jusqu’à trois fois plus élevés que dans d’autres communes bruxelloises comme Auderghem (557 jeunes, 5,6%), Uccle (1.412, 5,2%), Watermael-Boitsfort (422, 5,5%), Woluwe-Saint-Lambert (724, 3,8% par an) et Woluwe-Saint-Pierre (479, 3,1%). “Ces chiffres peuvent paraître élevés, mais il faut tenir compte de la période étudiée. C’est surtout un indicateur”, nuance Charlotte Vanneste, chercheuse.
Pour vérifier la pertinence d’un lien de cause à effet entre délinquance enregistrée et contexte socio-économique de la commune, trois indicateurs ont été retenus: le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans, le revenu moyen par habitant et la part de bénéficiaires du revenu d’insertion sociale (RIS).
Le taux de jeunes majeurs signalés a ensuite été confronté avec ces différents indicateurs socio-économiques. “Tout semble se passer comme si, dans chaque commune, les taux de jeunes adultes signalés étaient directement proportionnels aux taux de chômage, revenus moyens ou proportions de bénéficiaires du RIS, observables dans la commune”, peut-on lire dans l’article. “Plus les taux de chômage sont élevés dans une commune, plus le renvoi de jeunes vers la justice y est important, et ce en proportion.”
Les résultats de la recherche ne permettent par contre pas de préciser “si ce lien relève (…) plutôt d’une propension à une délinquance d’exclusion plus importante dans un contexte défavorisé ou plutôt d’une proactivité plus grande de la part de la police (…) dans les communes plus défavorisées”. Ou si les communes aux conditions socio-économiques plus favorables font preuve d’une prise en charge plus performante, sans nécessairement recourir au judiciaire. “Il est également vraisemblable que ces deux types de composantes interagissent de façon conjointe.”
L’étude incite cependant à “une réflexion plus fondamentale quant aux moyens qui sont mobilisés pour tenir compte de la composante socio-économique dans la mise en œuvre de la politique criminelle”, conclut l’article.
La recherche citée dans l’article a été réalisée sur demande de l’Observatoire Bruxellois pour la Prévention et la Sécurité.

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28 avril 2017 - 00h50