Birmanie: le film d'ouverture d'un festival sur les droits de l'Homme censuré

Le comité de censure des films a interdit mardi la diffusion en Birmanie d’un film évoquant l’histoire d’amour d’un chef de l’une des ethnies du pays, craignant que cela ait des répercussions pour le processus de paix. Ce comité qui dépend du ministère de l’Information et hérité de l’époque de la junte militaire reste actif aujourd’hui malgré la mise en place depuis quelques mois du premier gouvernement civil du pays depuis des décennies emmené par Aung San Suu Kyi. Le film autrichien programmé pour l’ouverture d’un festival consacré aux droits de l’Homme intitulé « Twilight over Burma », raconte l’histoire vraie du mariage entre une Autrichienne et un prince de l’ethnie Shan.

« Nous étions inquiets et avions peur que des problèmes inutiles surgissent à cause de ce film alors que nous sommes en train de travailler à une réconciliation nationale », a expliqué à l’AFP Thida Tin, présidente adjointe du comité. Arrivé au pouvoir début avril après des élections historiques, le parti d’Aung San Suu Kyi a placé la question des négociations de paix parmi ses priorités. L’ancienne colonie britannique est confrontée depuis son indépendance en 1948 à des soulèvements de groupes ethniques et les combats font rage dans plusieurs régions frontalières. Une situation explosive compliquée par l’enjeu du contrôle des richesses naturelles, comme le rubis ou les bois précieux.

Pour l’organisateur du festival, Min Htin Ko Ko Gyi, la question de l’armée est aussi l’une des explications de la censure. « Ils nous ont dit que le film ne pouvait pas être diffusé car cela peut ternir l’image et la réputation de la Tatmadaw (l’armée birmane) », a-t-il expliqué à l’AFP faisant notamment référence à certaines parties du film montrant des scènes de viols de femmes Shan par des soldats birmans. Très forte sous la domination des militaires pendant près de 50 ans, la censure a été en grande partie abolie en 2012 avec l’ouverture du pays et la mise en place d’un gouvernement semi-civil. Elle concernait auparavant évidemment la presse, les films, les chansons et même les contes de fées.

Deux sujets restent toutefois particulièrement tabous dans le pays: la religion, avec la montée en puissance ces dernières années de mouvements bouddhistes extrémistes, et l’armée qui reste très puissante économiquement mais aussi politiquement.

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16 juin 2016 - 09h50