Berlin renonce à une exposition événement, l'Iran n'autorisant pas la sortie des oeuvres

Berlin a renoncé mardi à exposer l’une des plus prestigieuses collections d’art moderne et contemporain au monde, rassemblée sous le règne du Chah d’Iran, faute d’accord des autorités iraniennes à la sortie de cette soixantaine d’oeuvres. “Nous avons dû nous résoudre à cette décision avec de profonds regrets”, a annoncé Hermann Parzinger, le président de la Fondation des biens culturels de Prusse (SPK), expliquant que “de nouveaux retards” n’étaient “pas envisageables”. Cette exposition, qui devait marquer la première présentation hors d’Iran de cette collection, devait initialement s’ouvrir le 4 décembre à la Gemäldegalerie, l’un des principaux musées de Berlin, et se poursuivre jusqu’en février 2017. Mais après les péripéties qui ont émaillé la préparation de l’événement, l’obstacle décisif est venu des autorisations de sortie du territoire iranien de ces oeuvres, que l’Iran “n’a toujours pas délivrées”, indique M. Parzinger.

Cet ensemble constitué à l’initiative de l’impératrice Farah Diba Pahlavi, épouse du dernier monarque d’Iran, comprend des tableaux majeurs d’artistes tels qu’Andy Warhol, Jackson Pollock, Mark Rothko, Pablo Picasso, Joan Miro ou encore Francis Bacon. A côté de ces trente oeuvres occidentales figurent 31 oeuvres d’artistes iraniens, sélectionnées dans une collection qui compte au total près de 300 toiles de grands peintres occidentaux des XIXe et XXe siècles. Depuis la révolution de 1979, ces oeuvres n’ont “pratiquement pas ou alors seulement partiellement été montrées”, expliquait la SPK en mai, à l’annonce de cet événement qui devait notamment se poursuivre par cinq mois d’exposition à Rome.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, avait de son côté salué un “signe d’ouverture sociale et culturelle” de la part de l’Iran, dans la foulée de l’accord historique sur le nucléaire iranien. Mais au printemps, le directeur du Musée d’art contemporain de Téhéran (TMoCA), Majid Mollanoroozi, avait suscité l’indignation en récompensant les deux vainqueurs d’une compétition de “caricatures de l’Holocauste” organisée dans la capitale iranienne. La direction du musée de Téhéran n’était pas disponible mardi pour commenter la décision berlinoise.

L’Iran avait maintenu M. Mollanoroozi en poste mais l’avait écarté de la préparation de cette exposition, une décision qui avait divisé le gouvernement allemand: la ministre de la Culture avait pris ses distances avec le projet, toujours soutenu par le ministère des Affaires étrangères. Enfin, en octobre, le ministre iranien de la Culture Ali Jannati avait dû démissionner, privant les Allemands de leur principal interlocuteur dans ce dossier.

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27 décembre 2016 - 15h10